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MEMOIRES
POUR SERVIR
A LHISTOIRE NATURELLE
DES ANIMAUX-
Drejfe7 ÿar M. Perrault,^ l’Academie Royale des S ciences,
& Médecin de la Faculté de Paris.
A PARIS,
DE L’ IMPRIMERIE ROYALE.
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Ue l qjj es-ünes des D efriptions contenues dans ce Volume ont déjà été données au oublie. On les a réimprimées avec les autres , a caufe des particularités:, consi¬ dérables qui j ont été ajoutées , & des nouvelles observations que la Compagnie a faites depuis Jur quelques autres Ani¬ maux de la mefme efpece que ces premiers, dont les D efri¬ ptions ont déjà été imprimées. Elle a mefme différé cette Edi¬ tion plus long-temps quelle ne sétoit propofé, afn de rendre les Descriptions plus amples par les remarques que Ion a eu le moyen de faire fur un pim grand nombre de fujets que le temps a fournis : Car elle a jugé qu’il étoit important de mar¬ quer autant quil feroit pojfble les différences & les conve¬ nances qui fe rencontrent fouvent dans les Animaux dune mefme effece, afn que ceux qui (ont curieux de ces recherches, & qui n y font pas tout à fait exercez,, fient moins fur pris, quand ils s’y appliqueront, de ne pas rencontrer toujours les chofes conformes d ce que nom avons trouvé dans nos dif¬ férions, ou nom avons prefque toujours découvert quelque chofe de nouveau, il e fl encore neceffaire d’efre averti que prefque tom les Animaux dont nom donnons les Defcriptions, font morts de maladie, & la pluffart en hyverj afn qu ayant égard d cette particularité, qui peut apporter beaucoup de chan¬ gement d la confiitution ordinaire des parties, ce changement ne faffe point faire d’inductions qui puffent nuire d la con- noffance de leur état naturel. VMM. Pecquet & Gayant, que l’on fait avoir été de leur vivant très - célébrés dans
* *
j ont travaillé les premiers a ces avec beaucoup de foin & d’ exactitude. &M. du Vémey qui leur
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a fuccedé dans cét employ, s en ejt acquite avec un tel Juc- cés , que l’on peut dire qùil a fourni à ces Définitions Une bonne partie des fus curieufies particularité1^ qui y fiont rapportées. ' •
MEMOIRES
POUR SERVIR
A L HISTOIRE NATURELLE
DES ANIMAUX.
PREFACE.
'Histoire , de quelque nature quelle foit, s’écrit en deux manières. En l’vne on rapporte toutes les chofes qui ont efté recueillies en plufieurs temps, ôc qui appar¬ tiennent au fujet qu’elle traitte : en l’autre on fe renferme dans la narration des faits particuliers , dont celui qui écrit a vne connoiftance certaine. Cette dernière ma¬ nière , que les Romains appelaient Commentaires , 8c que nous nommons Mémoires , bien quelle ne contienne que les parties, 8c comme les élemens qui compofent le corps de l’Hiftoire , 8c qu’elle n’ait pas la majefté qui fe trouve dans celle qui eft générale , a néanmoins cét avantage, que la Certitude 8c la Vérité, qui font les qualitez les plus recom¬ mandables de l’Hiftoire, ne lui fçauroient manquer , pourvû que celui qui écrit foit exaft , 8c de bonne foy ; ce qui ne fuffit pas à l’Hiftorien général, qui fouvent peut n’eftre pas véritable, quelque paffion qu’il ait pour la véri¬ té , 8c quelque foin qu’il emploie pour la découvrir 5 parce qu’il eft toujours en danger d’eftre trompé par les mémoires fur lefquels il travaille.
Nous avons aflez d’Hiftoires des Animaux de l’vne 8c de l’autre de ces manières. Car outre les grands 8c magnifiques Ouvrages qu’Ariftote , Pline, Solin , 8c Elian ont compofez de tout ce qu’ils ont pris dans d’autres Auteurs,
IV '
: a.
PREFACE.
ou qu’ils ont appris de ceux qui avoient fait eux-mefmes des obfervations ; nous avons encore des relations particulières que les Voiageurs ont écrites de quantité d’Animaux, qui ne fe voient que dans les Pais où ils ontpaffé: 6c ceux qui ont travaillé a la defcription des differentes Parties du Monde , n’ont pas oublié celle des Animaux qui s’y rencontrent. Mais on peut dire qu’on ne voit aucune certitude ni en cesHiftoires, ni en ces Relations. Ceux qui ont écrit l’Hiftoire générale des Animaux , ont crû la rendre affez re¬ commandable par le grand nombre des chofes qu’ils rapportent, 6c par la diftribution qu’ils font des Animaux en leurs differentes efpéces , avec les reffemblances 6c les diffemblances qui fe rencontrent dans leurs parties , dont ils ont rangé les diverfes conformations , 6c toutes les propriétez naturelles en des claffes communes. Car c’efl en cela principalement qu’ils ont emploié leur diligence 6c leur induftrie , le refte n’eftant point d’eux , mais apparte¬ nant a ceux qui avoient fait les defcriptions des Animaux fur les lieux , 6c dont l’exaélitude 6c la fidélité ne leur pouvoit eftre affez connue pour en répondre. De forte que ces matières , dont ces Auteurs ont compofé leurs ouvrages , eftant pour la plufpart défe£lueufes , 6c pofées fur de mauvais fon- demens , il eft vrai de dire que tout le grand édifice qu’ils ont élevé en fuite deffus avec vne fi belle fimmetrie , n’a point de véritable folidité.
C’eft pourquoy les curieux 6c les fçavans qui avoient autrefois fait peu d’eftat du travail de Petrus Gillius, lors qu’il avoit voulu mettre en ordre tout ce qu’EIian a rapporté confufément des Animaux , ont eu beaucoup de regret a la perte des belles remarques qu’il avoit faites depuis , dans les voiages que François premier lui fit entreprendre aux Païs eftrangers : Car c’eftoit vn homme tres-judicieux 6c tres-éc airéj qui eftoit inftruit par la le¬ cture de tous les Auteurs qui ont écrit fur ce fujet ; que le Roy avoit ex- oreffément envoié pour faire cette recherche, 6c qui s’y appliquoit avec vn bin particulier 3 ce qui le rendoit tres-capable d’obferver tout ce qu’il y a de remarquable dans les Animaux.
Le défaut de ces qualitez dans la plufpart de ceux qui ont fait des rela¬ tions particulières 6c des mémoires, rend leur travail peu confiderable , 6c leur témoignage fort fufpeél : n’y aiant gueres d’apparence que des Marchands 6c des Soldats foient pourvus de l’efprit de Philofophie 6c de la patience , qui font neceffaires pour obfèrver toutes les particularitez de tant de diffe- rens Animaux , dont la figure extraordinaire rempliffoit d’abord toute leur curiofité , comme eftant capable d’enrichir fuffifamment leurs relations ; fans qu’ils jugeaffent neceffaire de paffer à vne recherche plus exaéte. Mais ce qui doit davantage diminuer l’eftime qu’on peut faire de ces fortes de Mémoi¬ res, c’eft le peu de fidélité dont les Voiageurs vfent d’ordinaire en leurs Relations ; qui ajoutent prefque toujours aux chofes qu’ils ont vues , celles qu’ils pouvoient voir 3 6c qui pour ne pas laiffer le récit de leurs voiages
imparfait ,
PREFACE.
imparfait , rapportent ce qu’ils ont leu dans des Auteurs , par qui ils font premièrement trompez, de mefme qu’ils trompent leurs Lefteurs en fuite, C’eft ce qui fait que les proteftations que plufieurs de ces Obfervateurs , comme Belon, Pifo , Margravius, 8c quelques autres font, de ne rien dire que ce qu’ils ont vu , 6c les aflurances quils donnent d’avoir vérifié quan¬ tité de fauffetez qui avoient efté écrites avant eux , n’ont gueres d’autre ef¬ fet, que de rendre lafincerité de tous les Voiageurs fort fufpe&e, parce que ces Cenfeurs de la bonne foy , 8c de I’exafititude des autres , ne donnent point de cautions fuffifantes de la leur.
Ce que nos Mémoires ont de plus confidérable , eft ce témoignage irré¬ prochable d’vne vérité certaine 6e reconnue. Car ils ne font point le tra¬ vail d’vn particulier , qui peut fe laiffer prévenir de fa propre opinion 5 qui n’apperçoit facilement que ce qui confirme les premières penfées qu’il a eues , pour lefquelles il a tout l’aveuglement , 8c toute la complaifance que chacun a pour fes enfans 5 qui n’eft point contredit dans la licence qu’il fe donne d’avancer tout ce qu’il juge eftre capable de donner du luftre a fon ouvrage; 8c enfin qui confidere moins la vérité des faits , qui n’eft point fa produ¬ ction , que cét agencement qu’il y ajoute , 8c qu’il forme lui-mefme , de quelques particularitez qu’il fuppofe , ou qu’il déguife , pour tâcher de les faire venir â fon deffein : de forte qu’il feroit en quelque façon fâché d’ap¬ prendre des veritez, 8c de faire des expériences qui ruineraient vn beau rai- fonnement. Mais ces inconveniens ne fe peuvent rencontrer en nos Mé¬ moires , qui ne contiennent point de faits qui n’aient efté vérifiez par toute vne Compagnie , compofée de gens qui ont des yeux pour voir ces fortes de chofes , autrement que la plufpart du refte du monde , de mefme qu’ils ont des mains pour les chercher avec plus de dextérité 8c defuccés; qui voient bien ce qui eft , 8c â qui difficilement on feroit voir ce qui n’eft pas; qui ne s’étudient pas tant â trouver des chofes nouvelles, qu’a bien examiner cel¬ les qu’on prétend avoir trouvées ; 8c â qui l’affurance mefme de s’eftre trom¬ pez dans quelque obfervation, n’apporte gueres moins de fatisfaéfion, qu’vne découverte curieufe 8c importante : tant l’amour de la certitude prévaut dans leur efprit â toute autre chofe. Or cét amour eft d’autant plus fort, qu’il n’eft point combatu par d’autre intereft , puis que la fauffe gloire , que lefuccés d’vne ingenieufe illufion pourrait avoir emportée par furprife, feroit fort peu de chofe , eftant partagée entre tant de perfonnes , qui contribuent toutes â cét ouvrage ; foit par les propofitions que chacun fait des nouveau- tez qu’il découvre ; foit par l’éclairciffement que fa critique donne aux décou¬ vertes des autres , en les examinant , comme on a fait les fiennes, avec vn foin qu’vne petite pointe d’émulation ne manque jamais de réveiller entre les Phi- lofophes. De forte qu’il y a grande apparence, que ce qui a fouftenu vne épreu- ye de cette force , eft exempt de tout mélange d’impofture 8c de faufleté.
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PREFACE.
Cette exactitude à n’avancer que des chofes qui ont efté avérées , eft ce qui a tant fait loüer Démocri te entre les Anciens, lors qu’aiant ramaffé dans plufieurs livres quantité de curiofitez merveilleufes , on dit qu’il marqua dans fes Recueils , avec Ion cachet , celles dont il conoiffoit la vérité par des expériences , pour en compofer vn volume , qu'il appella le livre d’Elite. C’eft auffi a fon exemple que Ton a voulu que ce Recueil fuit vn choix de tout ce qui a efté trouvé 6c remarqué foigneufement dans les Animaux qu’on a pu examiner.
Dans ce Recueil on s’eft particuliérement attaché a ce qui appartient à la ftruCture des parties des Animaux , plutoft qu a ce qui regarde leurs mœurs , leur nourriture, la manière dont on les prend, leurs propriétez pour la Medecine , 6c pour les autres vfages qu’on leur attribue , dont tous les Hiftoriens Naturels ont compofé leurs Volumes , 6c dont nous n’avons parlé qu’en paffant , 6c félon l’occafion que nous en offroit ce que nous ob- fervions dans nos fujets. Mais ce deffein de décrire feulement les parties a efté encore reftraint à celles du dedans ; 6c c’eft pour cela que nous avons appellé les Defcriptions que nous faifons , Anatomiques , bien quelles con¬ tiennent beaucoup de chofes qui fe peuvent voir fans diffeCtion.
En effet, noftre principal deffein eftant de rapporter, 6c d’amaffer toutes les remarques que nous avons faites fur les differentes particularitez du de¬ dans des Animaux, nous n’avons pu obmettre les autres Obfervations qui appartiennent a la forme extérieure, à caufe du rapport que toutes les par¬ ties ont les vnes avec les autres. Mais nous ne nous fommes pas beaucoup arreftez aux chofes qui n’appartiennent pas directement à cette connoiffance Anatomique , parce qu’il n’y a gueres que cette exaCte Defcription des parties Internes , qui manque à l’Hiftoire Naturelle. Nous n’avons pu auffi nous empêcher quelquefois de nous écarter de ce chemin fi droit 6c fi ferré, que nous nous fommes propofez de fuivre 5 6c nous avons cru eftre obligez d’entrer dans les controverfes qui font entre les Naturalises , tou¬ chant la difficulté qu’il y a de fçavoir , fi quelques-vns des Animaux que nous avons , font précifément ceux dont les Anciens ont parlé ; parce que les Defcriptions de ces Auteurs font la plufpart très -ambiguës , 6c ne fe rapportent pas affez entre elles , pour ofter les doutes que l’on peut avoir, que les Animaux , aufquels ils donnent vn mefme nom , ne foient quel¬ quefois difîerens; 6c que ceux auffi que le vulgaire appelle autrement qu’eux, ne foient ceux -la mefmes dont ils ont parlé. Les remarques particulières 6c nouvelles que nous avons faites nous ont engagez a cét examen. Mais nous n’avons prétendu faire valoir nos conjectures , qu’autant que des faits finguliers le peuvent faire; eftant prefts de nous rétraCter, lors qu’il arrivera qu’vn grand nombre d’obfèrvations contraires nous fera voir que ces pre¬ mières avoient efté faites fur des fujets , dont la conformation eftoit extraor¬ dinaire,
PREFACE.
dinaire , 6c par confequent peu fuififante , 6c incapable d établir vne con- clufion générale. Mais nous avons eftimé que des chofes de cette nature oouvoient eftre mifes dans des Mémoires, qui font comme des magafins,où on ferre toutes fortes de chofes, pour s en fervir dans le befoin.
Or quoiqu’on ne fefoit arrefté qu’à cette defcription , 6c à cette pein¬ ture naïve , que nous avons tâché de faire avec fimplicité, 6c fans orne¬ ment, 6c qu’on n’ait point eu d’autre intention, que de faire voir les chofes telles que nous les avons veuës , 6c de mefme qu’en vn miroir , qui ne met rien du fien , 6c qui ne reprefente que ce qui lui a efté prefenté : nous n’avons pas biffé néanmoins d’ajoufter quelquefois des refléxions , quand nous l’avons jugé à propos , fur les particularitez qui le meritoient ; 6c cela en forme d échantillon feulement, 6c comme les prémices des fruits qui fe pourront recueillir, lors que par l’amas de toutes les obfervations qui fe peu¬ vent faire, cét Ouvrage fera en eftat de fournir vne matière fuffifante, pour en former vn corps entier 6c accompli. En forte qu’il faut entendre , que nous ne voulons point que les refléxions qui font faites ici par avance paf- fent pour des décifions , mais feulement pour des elfais de ce qu’on peut erer de cette forte de travail.
Il y en a qui ont trouvé à redire au merveilleux ouvrage de l’Hiftoire des Animaux d’Ariftote , parce qu’il leur femble que cét Auteur en parle oluftoft en Philofophe qu’en Hiftorien. Mais ce n’eft pas le fentiment de a plufpart des curieux, qui eftiment qu’il ne s’eft que trop renfermé dans le caraêïere d’vne fimple relation ; 6c que c’eft grand dommage qu’il ne fe foit pas davantage expliqué fur toutes les chofes qu’il auroit pu découvrir, à l’ai¬ de de la lumière admirable qu’il avoir pour toutes fortes de fciences: 6c l’opi¬ nion de Hierocles eft fort probable , qui dit que les dix livres que nous avons de l’Hiftoire d’Ariftote ne font qu’vn abrégé qu’Ariftophane Bibn- tin a fait des cinquante volumes dont Pline a parlé , dans lefquels eftoit contenu tout ce qui peut appartenir à l’entière 6c parfaite conoiffance des Animaux.
Mais comme il eft impoffible de philofopher (ans avancer des propofi- tions générales , qui doivent eftre fondées fur la conoiflfance de toutes les chofes particulières , dont les notions vniverfelles font compofées ; 6c que nous avons encore long-temps à travailler , avant que d’eftre inftruits de toutes les particularitez qui font neceflaires pour cela: nous croions qu’on ne s’arreftera pas beaucoup aux raifonnemens que nous avons mêlez parmi nos expérien¬ ces , 6c qu’on jugera aifément que nous ne prétendons répondre que des faits que nous avançons , 6c que ces faits font les feules forces dont nous voulons nous prévaloir contre l’autorité des grands Perfonnages qui ont écrit avant nous ; puifque parlant d’eux avec tout le refpedl qu’ils méritent, nous reconoiffons que les défauts qui fe voient dans leurs Ouvrages , n’y
PREFACE.
font que parce qu'il eft impoffible de rien trouver qui ait aquis la dernière perfection; quoi que ces Ouvrages en approchent affez poureftre inimitables, 5c pour faire avoir a tous ceux qui font intelligens 5c raifonables , vne fingu- lière vénération pour les excellens genies qui les ont produits. Car nous croions rendre vn plus grand honneur au mérité des Anciens, en faifant voir que nous avons découvert quelques legeres fautes dans leurs ouvrages , que fi , à la manière de ceux qui fe défient de leur propre lumière, 5c ne fondent jamais le jugement qu’ils font du prix de chaque chofeque fur des préjugez, nous ne les eftimions que parce que nous croions qu’ils font faits par de grands Perfonnages , 5c non pas à caufe de la conoiffance que nous avons de ce qu’ils ont de bon 5c de mauvais : parce que de mefme que la plus grande loüange que cent aveugles pourroient donner à vne beauté ne feroit pas fi avantageufe que la plus médiocre d’vn feul homme qui auroit de bons yeux ; l’approbation auffi quVn commun confentement de tous les fiécles a donnée aux ouvrages des grands Perfonnages ne fçauroit eftre bien fondée, s’il ne paroift quelle a efté donnée avec difcretion, 5c en confequence d’vn examen , par lequel il a efté vérifié que ce qu’il peut y avoir de défectueux n’eft rien en comparaifon du nombre infini des belles 5c excellentes choies qui s’y rencontrent.
Nous eftimons que ceux qui feront capables de ces refléxions , n’auront pas la malignité de fe prévaloir de l’autorité qu’on donne au grand nombre de ceux, qui n’en eftant pas capables , veulent que l’on ait comme eux vne vénération aveugle pour les ouvrages 5c pour les fentimens des Anciens ; ôc nous eiperons que les gens raifonables n’en abuièront pas , pour rendre odieufe la liberté que nous nous fommes donnée , de dire que nos Defcri- ptions font exaétes , parce que nous ne propofons rien que ce que nous avons vu ; 5c que mefme nous prétendons qu’elles font plus exaétes que celles des Anciens, qui font faites la plufpart fur les rapports d’autruy ; puifque nous n’affectons point hors de propos de marquer les erreurs de ces grands Hommes, 5c que nous ne faifons qu’avertir le Leéteur , que nos Obferva- tions ne fe rapportent pas avec les leurs. Car nous n’avons pas jugé que cette comparaifon de noftre diligence avec leur peu d’exaétitude , fuft vne vaine oftentation 5c tout-a-fait inutile; puis qu’elle peut contribuer à vne in- ftruétion plus précife, 5c qui imprime mieux les images des chofes, lorfque leur véritable delcription eft diftinguée , 5c marquée par J’oppofition de celle qui eft fauffe : ou du moins cela fait conoiftre , fuppofé que les obfervations contraires fuffent toutes deux véritables , qu’on peut conclure , qu’a l’egard de ces particularitez dont nous fommes en différend , la nature eft varia» ble 5c inconftante.
C’eft pourquoi nous avons choifi vne manière de faire nos Defcriptions
toute particulière. Car au lieu que les Anciens 5c la plufpart des Modernes
traitent
PREFACE.
traitent la doétrine des Animaux comme celle des Sciences , parlant toûjours généralement , nous n’expofons les chofes que comme eflant finguliéres : 6c au lieu d’affurer, par exemple, que l’Ours à cinquante-deux Reins de chaque codé , nous difons feulement qu’vn Ours que nous avons diffequé avoit la conformation tout-a-fait particulière 5 6c en la décrivant , fi nous témoignons eflre eltonnez que perfonne n’ait fait cette remarque , 6c que mefme ceux qui ont fait l’Anatomie de ces Animaux n’en ayent rien dit, c’efl parce que nous fuppofons que la Nature, qui fe joüe rarement dans la conformation des parties principales, a formé les Reins des autres Ours de la mefme façon que nous les avons trouvez en noftre fujet.
Dans la Defcription des Animaux rares , 6c qui viennent des Païs étran¬ gers, nous avons apporté vn grand foin à bien dépeindre leur forme extérieu¬ re , 6c à marquer la grandeur 6c la proportion de toutes les parties qui fe voient fans diffeétion; parce que ce font des chofes prefque auffi peu co¬ mtes que tout ce qui efl enfermé au dedans. Les Animaux qui nous font familiers font décrits autrement. Car on compare la grandeur, la forme, 6c la fituation de leurs parties, tant les exterieure^que les intérieures , à celles de l’Homme, que nous eftabliffons comme la réglé des proportions de tous les Animaux: non pas que nous eftimions qu’il foit abfolument mieux propor¬ tionné que la plus difforme de toutes les Belles : parce que la perfection de chaque chofe dépend du rapport qu elle a à la fin pour laquelle elle eft faite ; 6c qu’il eft vrai que les Oreilles d’vn Afne, 6c le Groin d’vn Pourceau, font des parties auffi admirablement bien proportionnées, pour les vfages aufquels la Nature les a deflinez, que toutes celles du Vifàge de l’Homme le font, pour luy donner la majefté 6c la dignité du Maiftrede tous les Animaux. Mais il a falu convenir d’vne mefure 6c d’vn Module, de mefme que l’on fait en Ar¬ chitecture : 6c confiderant tout l’Univers comme vn grand 6c fuperbe Edi¬ fice, qui a plufieurs appartenons d’vne ftructure differente , on a choifi les proportions du plus noble pour regler tous les autres. De manière que quand on dit, par exemple, qu’vn Chien a la Tefle longue, le Ventricule petit, 6c la Jambe tout d’vne venue , c efl feulement en comparant ces parties avec celles qui fe trouvent de mefme efpece en l’Homme. Nous décrivons auffi toutes les parties du Corps Humain, quoi qu’il ny ait pas tant de chofes nou¬ velles à en dire, que de celles des autres Animaux 5 eflant fort difficile d’a- joufler quelque chofe aux Anciens 6c aux Modernes, qui ont traité cette ma¬ tière avec toute l’exa&itude imaginable , 6c avec vn fuccés comparable a la grandeur 6c à la dignité du fujet. Nous avons joint à vn grand nombre d’ob- fervations particulières que nous avons faites, toutes les autres remarques qui nous font communes avec les autres Auteurs , 6c que nous ne donnons point ootir nouvelles; mais feulement comme eflant en quelque forte confidera- 3les, a caufe de la certitude 6c de la foy que les témoignages de tant de
o
PREFACE.
perfonnes qui ont contribué à ces Defcriptions, peuvent donner aux faits que nous avançons.
Cette exaétitude fi précife a rapporter toutes les particularitez que nous remarquons , eft accompagnée dvn pareil foin , pour bien faire les Figu¬ res tant des animaux entiers , que de leurs parties externes , ôc de toutes celles qui font cachées au dedans. Ces parties, après avoir efté confiderées, ôc examinées avec les yeux aidez du fecours des Microfcopes , quand il en eft befoin , font deflinées fur le champ par vn de ceux-là mefme , à qui la Compagnie a donné la charge de faire les Defcriptions par écrit ; ôc elles n’ont point efté gravées, que tous ceux qui ont efté prefens aux Diffeétions n’ayent trouvé qu’elles eftoient tout-à-fait conformes ace qu’ils ont veu. On a jugé que c’eftoit vne chofe bien avantageufe pour la perfeétion de ces Fi¬ gures , d’eftre faites d’vne main qui fuft conduite par d’autres conoiffances que par celles de la Peinture , lesquelles ne font pas toutes feules fuffifantes, parce que l’importance en ceci n’eft pas tant de bien reprefenter ce que l’on voit, que de bien voir comme il faut ce que l’on veut reprefenter.
Nos Mémoires eftant ainfi/-compofez, on peut efperer qu’ils fourniront de matière à vne Hiftoire Naturelle , qui ne fera pas indigne du plus grand Roy qui ait jamais efté : ôc que fi pour égaler en cela Alexandre , comme il l’égale, ôc le furpaffe me fine en toute autre chofe, il lui manque vn auffi grand perfonnage qu’Ariftote , le foin que Sa Majefté a eu de fuppléer à ce dé¬ faut , par le nombre des perfonnes qu’Elle a choifies pour cét emploi , ôc par l’ordre qui fe tient pour faire les chofes avec vne entière exaétitude , fe¬ ra que cét Ouvrage, qu’il a voulu qu’on entreprift, ne fera peut-eftre pas in¬ ferieur à celui qui à efté fait pour Alexandre 5 quoi qu’on ne puiffe pas dire qu’il foit parti des mains d’vn Philofophe comparable à Ariftote, fi ce n’eft que la grandeur de la puiflfance qui conduit toutes les entreprifes de Sa Majefté fafife élever quelque jour vn Genie extraordinaire, qui fe ferve de nos Mémoires avec vn fuccés qui égale celui des grands Politiques, ôc des vaillans Capitaines , que fon régné merveilleux a fournis au fiécle où nous vivons.
Description
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Explication de la figure du Lion.
L eft reprefenté vivant dans la figure d’en bas, la tefte tournée à cofté,ainfî qu5il la .porte quelquefois, nonobflant la roideur de fon col Les ongles, quoy que très-grands, ne paroifTent point , eftant couverts du poil qui eft fort long à l’extrémité des pattes. La forme que la queue a fous le poil ne fe voit point aufti, à caufe de la differente longueur du poil, qui la fait paroiftre d’égale groffeur depuis le commencement juf- qu’au bout.
arties que la
A. Eft la crefie du Crâne.
B B. Le Zygoma.
CC. La grande & la petite Canine.
D. Les Dents Incifives.
E. L’apophyf Coronoide de la mâchoire inferieure.
FFF. Les Dents Molaires.
G. E extrémité du Rayon.
H. V extrémité du Coude.
Il II. Les os du Carpe.
1 1 1 1. Les quatre os du Métacarpe, z z zz. Les quatre os de la première Phalange des doits.
3333. Les quatre os delà féconde Phalange.
OOO. Les derniers os des doits. On en a reprefenté un feparé 3 & hors de fon articulation , lequel auec deux autres marquez, z. 3. qui font aufii f parez, du refte de la patte 3 doit compofer un des doits. Il faut remarquer la courbure que L’os marqué 3. a en fon extrémité } qui fait un Condyle ou faillie 3 pour donner lieu au dernier os qui luy efi articulé , de fe fiechir en haut.
K K K. V ne portion de la peau de la langue uu'è auec le microfope.
L L L. De petites éminences qui font proche de la racine de chacune des pointes qui font fur la langue. M M M. Les pointes dont la langue efi h e ri fée.
N. Une des pointes feparée de la peau 3 afin de faire uoir fa cavité.
O O. La Veficule du Fiel.
P. Le conduit de la Bile.
Q. La Vefiie.
RR. Les Profitâtes.
SS. Les ligament y qui joints auec l’Vrethre compofînt le corps de la Verge.
T. Le commencement de l’Vrethre.
X. Le Balanus.
Y. Le Cryfialin qui eft oit gafté.
2. L’autre Cryflalin qui eft oit fain. r. La Langue.
A. Le cartilage Ehyroide du Larynx.
©. Le cartilage Cricoide.
A. Le cartilage Arytenoide.
S. La Glotte.
2. L’Epiglotte.
<I>. La partie la plus baffe du Ventricule.
Ÿ. L’orifice inferieur du Ventricule.
<*.. L’Oefophage. fi fi. L’affere oArtere. y. L’oreille gauche du Coeur .
<s\. Le Cœur.
C. L’artere Soufclaviére droite . a, La Carotide droite. ôa La Carotide gauche. k. L’artere Soufclaviére gauche. m. V ne portion du Diaphragme. ft. V orifice fuperïeur du Ventricule . y F Deux boffes qui e fiaient au devant du Ventricule.
11345678. Les huit Lobes du Poumon .
âijfeflion peut faire connoifire
Dans les p
DESCRIPTION
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DU N LION-
Va nt que d’ouvrir noftre Lion , nous en avons examine foigneufement toutes les parties externes , luivant la méthode que nous nous fommes propofé d’obferver pour toutes les defcriptions des autres Animaux. Nous avons trouvé que la groffeur de la telle , qui eft remarquable dans cét Animal , con- fiftoit principalement en l’abondance extraordinaire de la chair qui la couvre , &£ en la grandeur des os qui compofent les mâchoires. Que la poitrine tout de mefme , qui paroill large , ne l’eftoit qu’à caufe du poil long & épais qui l’environnoit, le Sternon ellant ferré, & beaucoup plus en pointe , qu’il ne l’eft en la plufpart des Che¬ vaux & des Chiens : & que par la mefme raifon la queue ne fembloit eftre d’égale groffeur , depuis vn bout jufqu’à l’autre , qu’à caufe de l’inégalité du poil dont elle elloit environnée , qui ctoit plus court vers le commencement , où la chair & les os font plus gros , &C qui s’alongeoit à mefure que ces parties vont en diminuant vers le bout. Et que ce long poil qui eft autour du col &c de la poitrine , n’eftoit different de celui du relie du corps que par fa longueur , n’ayant rien qui tint de la nature du crin.
Les ongles n’avoient point d’étuis , ainli que Pline dit qu’ils en ont pour empefcher qu’ils ne foient vfez en marchant; mais plûtoll il paroiffoit que ces Animaux, ainfi que remar¬ quent Plutarque & Solin , pourvoyent à cela en les retirant entre leurs doits , par le moyen de l’articulation particulière de la derniere jointure , qui étoit telle que le pé¬ nultième os, en fe recourbant en dehors, donnoit lieu au dernier qui lui eft articulé, & à qui l’ongle eft attaché, de le fléchir en deffus &c à collé plus facilement qu’en deffous, ellant retiré en haut par le moyen d’vn ligament tendineux , qui attache enfemble les deux derniers os en leur partie fuperieure & externe feulement ; & qui fouffrant vne diftention violente lors que le doit eft fléchi en dedans , étend cette derniere articu¬ lation au (li tollque les mufcles flechiffeurs viennent àfe relafcher, & fortifie l’aélion des mufcles extenfeurs : en forte que l’os qui eft à l’extrémité de chaque doit ellant prefque toujours recourbé en enhaut, ce n’eft point le bout des doits qui pofe à terre , mais le nœud de l’articulation des deux derniers os ; &C ainfi les ongles demeurent levez en haut en marchant, &c retirez entre les doits, à fçavoir tous ceux des pattes droites vers le collé droit de chaque doit , &c tous ceux des pattes gauches vers le collé gauche ; la flexion des doits pour le marcher n’eftant faite que par les tendons du mufcle Sublime, &C
/
* DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN LION.
ceux du mufcle Profond n’agiflant que lors qu'il eft befoin d’alonger les ongles " qui fortent d’entre les doits, quand le dernier article elt fléchi en deflbus. Cette ftru&ure merveilleufe ne s’eft point trouvée au pouce, dont la derniere jointure ne fe flechifloit qu’en deflous , parce que ce doit ne pofoitpoint à terre, eftant plus court que les autres, & n’ayant que deux os à l’ordinaire.
Il y avoit quatorze dents à chaque mâchoire, à fçavoir quatre IncifiVes, quatre Ca¬ nines , & lîx Molaires. Les Incifives eftoient petites , St les Canines fort inégales , y en ayant deux grandes St deux petites. Les grandes , qui eftoient longues d’vn pouce Stdemi, en maniéré de deffenfes, font les feules qu’Ariftote prend pour Canines-, mais chacune de ces grandes Canines eftoit accompagnée d’vne autre petite & pointue, qui étoit à cofté des Incifives, St qui laifloit en la mâchoire d’en haut, entre elle St la grande, autant d’efpace vuide de chaque cofté, qu’il en eft befoin pour loger le croc de la grande Canine de la mâchoire inferieure, dans laquelle il y avoit aufli vn elpace entre la grande Canine St la première des Molaires, deftinépour loger la grande Canine delà mâchoire fuperieure,mais qui eftoit beaucoup plus grand, afin que la mâchoire inferieure fe pût avancer en devant quand il eft befoin. Les Molaires eftoient aufli fort inégales, princi¬ palement en la mâchoire fuperieure , ou celle qui eft après la Canine eftoit aufli petite que les Incifives. Les autres Molaires eftoient fort grandes , ayant trois pointes inégales, qui faifoient comme vne fleur de Lys.
Le col eftoit fort roide, ainfi que l’ont "remarqué les Auteurs ; mais la diflection nous a fait voir dans noftre Lion , que cela ne procedoit point , comme ont dit Ariftote St Elian , de ce qu’il n’eft que d’vnos, mais bien de ce que les apophyfes Epineufes des vertebres du col eftoient fort longues , St liées avec des ligamens fi forts St fi durs, qu’il fembloit que ce ne fuft qu’vn os. Scaliger dit avoir obfervé la mefme chofe en la diffeétion de deux Lions -, St il eft croyable qu’Ariftote l’a ainfi entendu , quand il a dit en fa Phyfionomie , que le corps du Lion eft remarquable par la grofleur St par la fer¬ meté de fes articles.
La Langue eftoit afpre , St heriflèe de quantité de pointes d’vne matière dure , St pareille à celle des ongles , dont elles avoient aufli la figure ; ces pointes eftant creu- îes en leur bafe , St recourbées vers le gofier. Elles eftoient longues de prés de deux lignes , St elles avoient vers leur bafe de petites éminences rondes , faites de la peau charnue de la Langue.
Les yeux eftoient clairs St luifans après la mort f St l’on voyoit par le trou de l’Uvée le fonds de la Choroïde , qui eftoit comme doré. La Conjonétive eftoit noire. Il y a apparence que ce qui a fait dire , que les Lions dorment les yeux ouverts, eft que fans fermer les paupières , ils les peuvent couvrir avec vne membrane épaifle St noiraftre couchée vers le grand angle , laquelle en fe hauflant St s’alongeant vers le petit, peut s’eftendre fur toute la Cornée, ainfi qu’on voit aux oifeaux, St princi¬ palement aux Chats, qui ont vne fi grande conformité avec le Lion, que nous avons trouvé y avoir quelque fondement à la fable de l’Alcoran , qui dit que le Chat nafquit premièrement dans l’Arche de l’efternument du Lion. Car la ftruéture particulière des pattes , des dents , des yeux , & de la langue , que nous avons obfervée dans le Lion , fe trouve lufeftre commune avec le Chat-, St les parties internes de ces deux Animaux n’ont pas moins de reflemblance , quoy qu’Albert dife le contraire,
A la première ouverture , la peau ne nous parut point extraordinairement dure, ni impénétrable , comme dit Cardan -, mais on la trouva attachée par quantité de fibres dures St nerveuïès , qui naifloient des mufcles , St .penetroient le pannicule char- neux.
L’Oefophage n’eftoit point aflez large pour faire que le Lion puifife avaler , ainfi que difent les Auteurs , les membres des animaux tous entiers -, car il n’avoit pas plus d’vn pouce St demi de large, St eftoit referré par le trou du Diaphragme à l’ordinaire, qui n’eftoit point ouvert St élargi, comme il l’eft en la plufpart des Poiflons St des Ser- pens, qui avalent aifément tout ce qui peut entrer dans leur gueule.
Le
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN LION. 3
Le ventricule eftoit long de dix-huit pouces , & large de lix , fitué de haut en bas, tournant vn peu vers le collé droit, & le relevant au Pylore. Il y avoit en la partie fu- perieure & anterieure deux bolTes inégales.
Tous les inteftins enfemble avoient vingt-cinq pieds de long, le Colon dix-huit pou¬ ces, & l’appendice du Cæcum trois.
Le Pancréas eftoit pareil à celui des Chats 6c des Chiens , 6c les grofles glandes du Mefentere , qui font appellées Pancréas par Afellius , eftoient auffi femblables à celles de ces animaux.
Le Foye, en qui nous trouvalmes fept Lobes comme aux Chats , eftoit d’vn rouge h brun, qu’il approchoit fort du noir; il eftoit aufli fort molafte. Sa partie cave au deftous de la velîcule du fiel eftoit remplie de bile elpanchée dans fa fubftance , & dans celle de toutes les parties circonvoifines ; ce qui fut la feule chofe qui nous donna quelque foupçon de la caufe de la mort de cét animal , que nous jugeafmes eftre la maladie , à laquelle feule Pline dit que les Lions font fujets , qu’il appelle œgritudinem faftidij : car foit que cela s’entende de l’ennui mortel qu’il a de fa captivité , comme cét Auteur l’exprime , ou que cela lignifie le dégouft qui le fait mourir faute de manger , on fçait que la rétention de la bile peut caufer l’vn & l’autre.
La Veficule du Fiel avoit fept pouces de long fur vn 6c demi de large. Sa ftruélure eftoit aflez particulière, eftant anfraétueufe vers les conduits de la bile, & comme fepa- rée en plufieurs cellules : les Chats l’ont toute pareille.
La Ratte eftoit longue d’vn pied, large de deux pouces , 6c épaifle de demi-pouce. Elle n’eftoit pas fi noire que le Foye, nonobftant la réglé generale que Galien donne de la couleur de la Ratte, qu’il dit eftre tousjours plus noire que le Foye, principalement aux animaux qui font d’vn tempérament chaud 6c fec , 6c qui ont les dents pointues. De forte qu’il y a beaucoup d’apparence que cette noirceur du Foye eftoit extraordi¬ naire en ce fiijet , 6c qu’elle n’eftoit pas naturelle. Le Rein eftoit prefque rond , ayant trois pouces 6c demi de long fur deux 6c demi de largeur 6c d’épaifleur : il pefoit fept onces 6c deux gros.
Les parties de la génération avoient cela de particulier, que l’Urethre n’eftoit point recourbée , mais toute droite depuis la Veiïie jufques à l’extrémité de la Verge-, 6c que le commencement des ligamens , qui avec l’Urethre compofent le corps de la Verge, eftoit fort éloigné des Proftates , qui font au commencement du col de la Veftie. En forte que l’Urethre, qui en tout avoit onze pouces, ne fortoit dehors, jointe à ces liga¬ mens , que de la longueur de trois pouces 6c demi : ce qui nous fit douter de la vérité de ce qu’Ariftote dit fur la Phyfionomie du Lion , à fçavoir qu’il a par excellence , 6c plus que tous les autres animaux , les marques vifibles 6c apparentes de la puilfance , 6c rie la perfeétion de fon fexe.
La raifon de cette ftruélure nous parut eftre fondée fur la largeur extraordinaire des os Pubis, le long defquels il faut que l’Urethre defcende depuis la Veftie, dont le fond doit pafler au deflus de ces os , jufques à leur partie inferieure , de laquelle naiflent ces ligamens qui compofent la Verge. Cette conformation fait que le Lion jette fon vrine en arriéré , 6c non pas en levant la jambe , à la maniéré des Chiens , comme dit Pline , 6c qu’il s’accouple avec la Lionne de mefme que les Chameaux , les Liè¬ vres , 6CC,
En ouvrant le Thorax on remarqua, que de tous les cartilages du Sternon qui avoient efté coupez , il fortoit deux ou trois gouttes de fang , qui faifoient voir que ces parties ne font point fi folides , que leurs cavitez foient imperceptibles , comme veulent quel¬ ques Auteurs , puis qu’ils font penetrez par des vaifleaux fanguinaires , comme on voit à tous les animaux quand ils font encore jeunes.
Le Mediaftin eftoit parfemé de quantité de grands vaiftèaux. Les membranes qui le compofent , $C qui eftoient percées comme vn réfeau , fe joignoient, 6c ne laifloient point de vuide que vers le Diaphragme , au droit de la pointe du Cœur , où il y avoit vne cavité aflez grande 6c ample. On obferve la mefme chofe aux Chats.
B
4 DESCRIPTION ANATOMIQUE D'UN LION.
Le Poulmon fut trouvé avoir fix Lobes au cofté droit, & trois au gauche. Tous les cartilages annulaires de lAfpre artere faifoient le cercle entier, à la referve de deux ou trois au delTous du Larynx, aufquels fur leur grandeur, qui eft de plus de quatre pouces de tour, il n’y avoit pas à dire plus de deux lignes qu’ils ne fuffent entiers. La largeur ÔC la fermeté de cét organe de la voix , nous fembla pien capable de former le bruit épouvantable des rugiflemens.
Le canal Ladée Thorachique eftoit fort petit, & couché fur vn long filet de graifle, qui s’eftendoit tout le long , &c au collé du corps des vertebres , & qui avoit deux li¬ gnes de large.
Le Coeur, qui fut trouvé fec & fans eau dans le Péricarde, eftoit beaucoup plus grand à proportion qu’en aucun animal , ayant fix pouces de longueur , & quatre de largeur vers la bafe, & Unifiant en vne pointe fort aiguë. Safubftance nous parut molafie avant que de l’avoir ouvert : mais on reconnut que cela provenoit de ce qu’il a fort peu de chair, & qu’il eft tout cave , fes ventricules eftant fi amples, que le gauche qui defcend jufques a la pointe, ne laifloit que deux lignes d’épaifteur à la chair qui le couvre en cét endroit -, vers la bafe il n’en avoit que fept , & le Septum en avoit prefque autant. Les Oreilles du Cœur eftoient fi petites, que la droite , qui eft la plus grande , n’avoit pas demi-pouce. La ftru&ure du Cœur des Chats n’eft point fi particulière, car il eft plus emoufle par la pointe, & charnu à l’ordinaire. La proportion des rameaux que l’Aorte amendante jette eftoit telle, que les Carotides avoient autant de grofteur que le rameau foufclavier gauche, & que le relie du droit dont elles fortent : ce qui eft confiderable veula petitefle du Cerveau. La mefme chofe fe voit aux Chats, à la referve qu’ils ont beaucoup plus de Cervelle , à proportion de leur grandeur.
La Cervelle n’avoit pas plus de deux pouces en tout fens. Elle eftoit enfermée dans vn crâne de l’épaiftéur de demi-pouce à l’endroit le plus mince , & de prés d’vn pouce au droit du front. Le fommet eftoit eflevé comme la crefte d’vn cafque, pour donner origine aux mufcles des Temples, qui couvrent les deux collez du fommet delà telle , & laifi'ent au milieu du front cette enfonçure , qu’Ariftote remarque dans fa Phyfiono- mie ellre particulière au Lion. Chacun de ces mufcles eftoit long de cinq pouces, large de quatre & demi , épais de deux , &C pefoit vingt onces. Cette telle ainfi garnie de chair , & compofée d’os fi fermes par leur ftru&ure &£ par leur fubftance , nous fit penfer que fi l’Ours a la telle fi tendre & fi foible , qu’il peut ellre aifément tué d’vn fouffiet, comme dit Pline , il y a apparence qu’il feroit bien difficile d’aflbmmer vn Lion ; &C que cela n’eftoit pas ignoré par Theocrite, qui fait dire à Hercule , que tout ce qu’il pût faire au Lion Neméen avec fa Mafiuë,fut de l’eftourdir , &c qu’il ne le fit mourir qu’en l’eftranglant avec les mains.
L’Os qui fe trouve aux brutes entre le grand & le petit Cerveau au droit de la future Lambdoïde , eftoit long d’vn pouce & demi, large de dix lignes, & épais de deux, de figure plus quarrée que n’eft celui qui eft au crâne des Chiens, des Chats, &c.
La Glande Pineale eftoit diaphane , &C fi petite, qu’elle n’avoit qu’vne ligne de long, & deux tiers de ligne de large en fa balè.
Les nerfs Optiques paroiftbient beaucoup plus gros après leur jonélion que devant: ce qui provenoit de ce que les trous par lefquels ils entrent dans l’orbite ne font pas ronds, mais en fente-, ce qui les eflargit en les aplatiftant. Eftant fortis par le trou de l’orbite, ils s’alongeoient jufques au globe de l’œil, de la longueur de deux pouces &£ de¬ mi. On remarqua que la cavité de cette orbite n’eftoit pas par tout garnie d’os en de¬ dans, mais qu’elle eftoit percée vers lesTemples, entre l’Apophyfe de l’os du front, & cel¬ le du premier os de la mâchoire , qui ne fe joignoient pas non plus qu’aux Chats , aux Chiens , &c.
Le globe de l’œil avoit feize lignes de diamètre. La Cornée eftoit épaifte du tiers d’vne ligne par le milieu , &£ alloit tousjours en épaififtant vers fa circonférence , jufques à avoir vne demi -ligne , à la maniéré du verre oculaire des lunettes. L’Iris eftoit de cet¬ te couleur pâle, que l’on appelle Ifabelle. Le Tapis de la Choroïde paroifloitd’vn jaune
plus
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN LION. s
plus doré , qui n’avoit rien de certe verdeur, que la plufpart des Auteurs donnent: aux yeux du Lion. Le revers de l’Uvée anterieure, à l’endroit où elle elt couchée fur le Cryflalin , efloit' tout-à-fait noir. Le Cryflalin fut trouvé fort plat, & fa plus grande convexité, contre l’ordinaire , efloit en fa partie anterieure : ce qui s’obferve auffi aux yeux des Chats. La figure du Cryflalin efloit telle, qu’il fembloit écorné par vne enfon- çûre qu’il avoir à collé , &: qui rendoit le Cryflalin de l’oeil gauche , où cette enfon- çûre efloit la plus grande, comme de la forme d’vnCœur : mais l’vn de ces Cryflalins, qui commençoit à eflre gaflé par vn glaucoma, nous fit foupçonner que cela efloit con¬ tre nature , & particulier à noflre fujet. L’humeur aqueufe fe trouva fort abondante, en forte qu’elle égaloit prefque la fixiéme partie de l’humeur vitrée. Cette abondance fut jugée eflre la caufe de la clarté qui demeure aux yeux après la mort , qui fe ternifïent lors que la cornée fe rétrefïit & fe plifïe par le défaut de cette humeur qui la tenoit tendue.
La derniere obfervation a eflé , que veû le temps qu’il faifoit pendant la difïeélion , qui efloit chaud & humide , & la difpofition à la pourriture qui devoit eflre dans le corps d’vn animal mort de maladie, que tous les Auteurs difent avoir l’haleine fi mau¬ vaise, qu’il infeéte tout ce qu’il approche, jufques à faire que les autres animaux ne tou¬ chent point au relie de la chair dont il a mangé -, neantmoins il ne nous parut rien qui marquait aucune corruption extraordinaire, fon odeur eflant moins forte que n’eft celle d’vn Cerf, dont on fait la curée peu de temps apres qu’il a eflé tué; &quoy qu’on trou¬ vait des vers fur fa chair le quatrième jour , on jugea qu’ils s’efloient engendrez des mouches , parce qu’vn morceau de la langue enfermé dans du papier fe fecha pendant vne nuit, tk devint fort dur fans avoir aucune odeur. Ce qui fit dire que fi le Lion efl fujet à la fièvre , elle n’efl point caufée par la corruption des humeurs, n’efl qu’Ephemere , quoy que l’on die qu’il l’a toute fa vie : &: fit voir auffi que la bile efl vn Baume dans le corps des animaux, quirefifle à la corruption, & qui fait que les Lions, dans lefquels elle domine, vivent fi long-temps.
On fit encore vne autre .reflexion fur la petiteffe de la Cervelle de cét animal, duquel les Hifloriens Naturels rapportent tant de marques d’efprit de jugement en fai- fànt comparaifon avec l’abondance de celle d’vn Veau, on jugea que le peu deCervelle efl plus la marque la caufe de l’humeur farouche & cruelle , que du manque d’efprit. Cette conje&ure fut fortifiée par l’obfervation qui avoit eflé faite quatre jours aupara¬ vant fur le Renard marin, où on n’avoit prefque point trouvé deCervelle, quoy qu’on eflime que la fagacité & Padrefle qu’il a , lui ont fait donner ce nom entre les Poif- fons, dont tout le genre efl communément mal pourveû de Cervelle , de mefme qu’il a peu de difpofition à la fociété , ôc à la difeipline dont les animaux terrefles font ca¬ pables.
6
DESCRIPTION ANATOMIQUE
D UN AUTRE LION
CE Lion elloit très-grand, qnoy que fort jeune. Il avoit fept pieds &C .mi de long, à fçavoir depuis le bout du mufle jufques au commencement de la queue , &C quatre pieds &C demi de haut, c’ell à dire depuis le haut du dos jufqu a terre.
Nos obfervations ont elle prefque toutes pareilles à celles que nous avions déjà faites fur le premier Lion, mais entre autres chofes l’étrefîiflement & le peu de capacité du Thorax dont nous avons déjà fait la remarque, nous fembla conflderable en ce fujet-cy: Car il n’avoit en dedans, d’vne colle à l’autre à l’endroit le plus large, que fept pouces, dont le cœur en occupoit quatre, en forte qu’il n’en reftoit que trois pour les Poumons, le Péricarde, le Mediaftin,&: les vaifleaux du Cœur. Le Péricarde elloit aufli fans eau, & les Intellins courts à proportion du corps, n’ayant que vingt-cinq pieds de long, qui n’ell que trois fois la longueur du corps. Le Cryftalin elloit aufli plus convexe en de¬ hors qu’en dedans.
Ce que nous avons trouvé de différend eft , que leFoye,qui elloit d’vn rouge li brun au premier Lion qu’il paroifloit noir, elloit 11 pâle en cetui-cy, qu’il avoit vne couleur de feuille-morte.
Que les cartilages annulaires du Larynx , qui elloient entiers au premier Lion, qui pourtant n’elloit pas vieil , fe font trouvez imparfaits à cettui-cy qui elloit plus jeune. Et nous n’avons pas bien pu refoudre aufli fl nous devions attribuer à la différence d’âge celle que nous avons obfervée aux pattes , parce qu’à celles du jeune Lion nous avons trouvé la peau beaucoup moins dure, &C moins ferme qu’à l’autre, en forte qu’à l’extrémité de chaque doit du jeune , elle elloit li lafche & lî peu adhérente , que l’on la pouvoit faire couler &c defcendre jufques à couvrir la moitié de l’ongle : ce qui fem- bloit ellre les étuis dont parle Pline. Mais la vérité eil qu’il n’y a point d’apparence que cela puifle conferver les ongles , comme dit cét Auteur, parce qu’ils ne s’vfent que par la pointe, que cette peau ne couvre point.
Nous avons obfervé aufli quelque chofe de nouveau, à fçavoir que l’Epiploon qui elloit li grand & li ample que fa membrane interne, & qui touche immédiatement aux Intellins, les envelopoit., & retournoit jufques aux Reins, n’y ayant que la mem¬ brane de deflus qui flottall , ainli que le nom de ces membranes fignifie. Nous avons déplus remarqué que leur fubllance n’elloit point proprement vne membrane conti¬ nue , mais percée à jour , & en maniéré d’vn tiffu de fibres fort déliées faifant comme de la gaze.
Que le Rein , qui avoit quatre pouces de long fur deux & demi de large , elloit parfe- méfur fa fuperficie externe de quantité de vaifleaux couverts de la membrane pro¬ pre du Rein.
Que le Poumon elloit galle, fec, blafard, & plein de tubercules. Qtf en l’œil l’Iris elloit vifiblement pliffée par des rides circulaires , qui elloient l’effet de la dilatation en la prunelle, arrivée par la conftriélionde la membrane qui fait l’Iris. Ce pliflement eft vne chofe quefl’on fuppofe ordinairement, mais qui ne fe voit pas fans difficulté ; & il elloit d’autant plus effrange dans ce fujet , que l’humeur aqueufe eftant fort abondante, cette membrane n’avoit pas fujet de fe rétreffir par la fecherefle. L’humeur vitrée elloit prefque aufli coulante que l’aqueufe. LeTapis del’Uvée elloit doré par le milieu com¬ me à l’autre Lion , mais il avoit vne verdeur par les extremitez que nous n’avions point trouvé en l’autre, quoy que nous cruflions quelle y dûft ellre , à caufe que les Anciens appelloient les yeux des Lions Charapom , c’eft à dire, pleins d’agrément, à caufe au’ils trouvoient que les yeux verts elloient les plus beaux.
1 ' La
DESCRIPTION AN AT OMIQTJE D’UN LION. 7
La Retine eftoit affez blanche & affez opaque, pour faire juger quelle devroit nuire à la réception des efpeces, s’il eft vray quelles paffent plus avant.
L’endroit où. la vifion fe fait ordinairement eftoit traverfé par vn vaiffeau rempli de fang, qui paflbit auffidans le nerf Optique, où il faifoit vne cavité, & fembloit former ce pore ou conduit , dont quelques Auteurs ont crû que les nerfs Optiques eftoient percez , pour donner paifage aux e/prits qui font portez en l’œil , ou aux efpeces qui font receuës dans le Cerveau.
L’obfervanon des vaifleaux qui font vifibles & en grande quantité fur la fuperficie du Parenchyme du Rein, qui eft vne chofe extraordinaire , nous fournit la matière de deux reflexions , dont la première eft : Que ces vaiflfeaux , qui font les rameaux des troncs de l’arterë de la veine Emulgente, font voir aifément à l’œil vne vérité que nous avions déjà reconnue en des fujets humains , par l’injeétion du lait dans les vaif- feaux Emulgens, après avoir ofté au Rein fa membrane propre. Cette vérité eft que les rameaux des Emulgentes ne finiffent pas au milieu du Rein, ainft que Higmorus a eftimé,fuivant Yefale-, mais qu’ils font portez jufques à la fuperficie externe: Car la fe- paration de l’vrine qui fe doit faire par filtration , demande que le fang fbit porté par les arteres le plus loin qu’il eft poflible, afin qu’il y trouve vne plus grande épaif- fieur du Parenchyme du Rein à penetrer , & par confequent plus capable de faire vne filtration plus parfaite.
L’autre reflexion eft , fur ce que ces vaifleaux , qui ordinairement ne font point vi- fibies dans le Rein , dont la fubftance paroift folide & homogène vers fa fuperficie ex¬ terne , qui eft égale & polie , fe font trouvez fl apparens dans ce fujet. Et nous avons jugé qu’on pouvoir croire que cela eftoit arrivé par quelque maladie , &£ contre natu¬ re en cét animal : à fçavoir par vne inflammation, ou par vne obftruction , qui avoit efté caufe de faire dilater infenflblement ces vaifleaux ; cela eftant facile en vn jeune animal ,où les parties , non encore endurcies , font plus aifées à dilater , & les hu¬ meurs plus bouillantes font plus capables de faire les efforts qui font neceffaires pour cette dilatation. Gliflfon , qui a remarqué que fouvent les rameaux de quelques vaif- feaux font plus gros que le tronc mefme qui les produit , dit que cela doit eftre caufé par vne maladie -, & l’experience fait voir tous les jours par la pulfation qui furvient aux inflammations , par les glandes qui paroiffent aux Ecroüelles, & par les veines qui fe font voir dans les yeux en l’Optlialmie , qu’il y a beacoup de chofes que la maladie rend vifibles &c fenfibîes , en les augmentant , ou en changeant leur nature , & les faifant devenir dures & denfes , de molles & de rares qu’elles eftoient. Ce que nous avons obfervé dans les glandes qui en quelques gazelles ont paru former le Parenchy¬ me de leur Foye , qui ne paroiffoient point en d’autres.
Nous cherchâmes en vain dans l’eftomach, ôëdans le poumon de noftre Lion, quel¬ ques marques de la caufe de fa mort que l’on nous dit eftre furvenuë après avoir vuidé quantité de fang par la gueule. Mais nous avons jugé par plufieurs circonftances , qui nous ont efté rapportées, qu’vue plénitude extraordinaire & infupportable à vn animal affoibli d’ailleurs , l’avoit fait malade : Car nous avons fçu que quelque temps avant qu’il foit mort , il fut plufieurs mois fans vouloir fortir de fa loge, & que l’on avoit de la peine à le faire manger ; que pour cela on lui ordonna quelques remedes , &C entre autres de ne manger que des chairs de jeunes animaux , &£ de les lui donner vivans. Mais que ceux qui gouvernent les belles du Parc de Vincennes,pour rendre cette nourriture plus délicate, adjoûterent vne préparation allez extraordinaire. C’eft qu’ils écorchoient des agneaux tout vifs , & ils lui en firent ainfi manger plufieurs : ce qui d’abord le remit, en lui rendant l’appetit, & quelque gayeté. Mais il y a apparence que cette nourriture engendra trop de fang , & qui eftoit trop fubtilpour vn animal à qui la nature n’a point donné Imduftrie d’écorcher ceux qu’il mange : eftant croyable que le poil, la laine, les plumes, &; les écailles que tous les animaux de proye avalent, font vn affaifonnement, & vn correétifneceffaire , pour empefcher que leur avidité ne les faffe emplir d’vne nour¬ riture trop fucculente.
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8
lication
gure de la Lionne \
LA difpolition eft telle , qu’il eft facile de remarquer ce qu’il y avoit de plus parti¬ culier dans cette Lionne. La Telle eft de profil , afin de faire mieux voir la lon¬ gueur du Mufle , qui n’eftoit pas court &c ramafle comme au Lion. Cette attitude montre aufli plus diftinélement quelle eftoit la petitefle du Col, qui fàifoit que laTefte eftoit retirée entre les épaules.
Dans les parties que la diffettion peut faire connoifre
A. Eft l’Orifice inferieur du Ventricule.
B. Le fond du Ventricule , fèparé du refte , & faifant comme un autre Ventricule ? tel quil eft aux animaux
qui ruminent.
C C. La Veine G a [trique.
DD. La Ratte.
EE. Plufieurs éminences uers la bafe du Cœur } faites d’une fubftance dure tenace, qui ne refiembloit point d de la graifie.
FF. Le tronc de la Veine Caue.
G G. Le tronc de la groffe Artère .
HH. Les Vaiffeaux Spermatiques préparant.
1 1. Les T efticules.
K K. Deux appendices , qui paroijfent dire les Franges de la Trompe de la Matrice.
L. La Matrice.
M M. Les Cornes de la tAhCatrice , ou Portières.
N. Le Col de la oLMèatrice.
O. La Vefiie.
P P. Les ligament ronds de la Matrice.
Çfi La Membrane qui fait l’ Iris 3 faifant plufieurs plis circulaires.
R. L’endroit de la Conjonftiue, qui eft noir.
S. L’endroit de la Conjonftiue 3 qui eft blanc.
T- La Membrane qui fait la Paupière Interne.
VV. L’Ongle.
XXX. Le dernier Os , auquel l’Ongle eft attaché.
Y. Une fubftance C artilagineufe & Ligamenteufe } qui est entre l’Os & l'Ongle , & qui re?nplit le uuide qui eft entre deux, n b c La Matrice d’une chacune des Cornes.
femme 3 dans laquelle a, reprefinte le fond. bc. & bc. la cauite qui eftoit dans
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UNE LIONNE
OUtre le chara&ere particulier du fexe de la Lionne , qui eft de n’avoir point de longs poils autour du col, on en a remarqué quelques autres, qui font qu’elle avoit le mufle plus long , la telle plus platte par le deflus , & les ongles moins grands que le Lion.
Cette Lionne eftoit haute de trois pieds depuis le bout des pattes de devant jufqu’au haut du dos. Elle eftoit longue d’environ cinq pieds , depuis l’extrémité du mufle juf qu’au commencement de la queue , qui eftoit longue de deux pieds &c demi.
Les Ongles qui eftoient éfilez par le bout, & diviléz en plulîeurs fibres de même que ceux des Lions , ont efté obfervez en ce fujet avec vn peu plus de foin & d’exaélitude qu’aux autres. On a remarqué qu’ils font compofez d’vne fubftance fibreufe & tres- compaéle , à l’égard de chaque fibre , mais que ces fibres font aifément feparables les vnes des autres : ce qui arrive , ainfl qu’il eft aile de juger , par le défaut de l’humidité qui les doit joindre , & les coller enfemble -, de même qu’il fe voit au bois fibreux, qui ne fe fend pas fl aifément quand il n’eft pas encore fec. En effet , cette Lionne, qui eftoit extraordinairement maigre, avoit les ongles bien plus aifez à éfiler que les autres Lions qui eftoient plus jeunes &C moins maigres. Aulli la racine des ongles , tk la maniéré particulière dont nous les avons trouvez attachez aux os des bouts des pat¬ tes, nous a femblé eftre principalement pour fournir l’humeur qui eft neceflaire à ces parties. Car l’ongle n’eftoit point attaché à l’os immédiatement par toute fa racine: mais il y en avoit vue partie, à fçavoir le 'dedans qui eftoit creux, qui n’eftoit point attachée à l’os -, & ce dedans eftoit rempli d’vne fubftance moienne entre le cartilage tk le liga¬ ment. Cette maniéré de liaifon & d’attachement de ces ongles nous a paru donner tout ce qui eft neceflaire à leur vfage : car fl toutes les fibres , dont ces ongles font compofez, avoient pris naiflance immédiatement de l’os, elles n’en auroient pas pu ti¬ rer affez d’humidité pour faire cette liaifon, qui rend les ongles folides ; Ôc fi elles avoient aulli efté toutes attachées à l’os par le moien des ligamens, elles n’y auroient pas efté liées fl fermement, que lors quelles y font comme foudées fans aucun milieu.
La conformation du Ventricule eftoit particulière, & bien differente en ce fujet, de celle que nous avons trouvée aux autres Lions que nous avons diffequez , où le Ventri¬ cule eftoit femblable à celui des Chiens & des Chats, aiant vn fond ample &c large vers l’orifice fuperieur , qui alloit toujours en s’étreflîflant vers le Pylore; mais celui-ci avoit le fond feparé en deux en quelque façon, comme les animaux qui ruminent. Cette for¬ me particulière du Ventricule ne s’eft trouvée qu’en vn feul des quatre animaux de cette efpece que nous avons diffequez, à fçavoir deux Lions & deux Lionnes : car dans les deux Lions , &C dans l’autre Lionne, le Ventricule eftoit pareil à celui des Chiens. 11 eft bien vrai que le Ventricule du premier Lion avoit deux bolfes en fa partie an¬ terieure-, mais cela n’eftoit point confiderable, ni comparable à la divifion qui rendoit ce Ventricule double, & feparé en deux cavitez. Les Inteftins avoient en tout vingt- deux pieds quatre pouces de longueur; leReétum n’avoit que quatre pouces, & le Co¬ lon deux pieds.
Le Colon n’avoit point de cellules, mais feulement vn étranglement, qui le divifoit comme en deux parties , dont l’vne eftoit vn peu plus longue que l’autre. Le Cæcum eftoit long de deux pouces , avoit le fond en haut, &c l’orifice en bas. Le Pancréas eftoit femblable à celui des Chiens.
Le Mefentere eftoit feméde glandes livides de la groffeur d’vn petit pois, la plufpart de figure ovale. Les vaiffeaux y eftoient fort apparens, & beaucoup dilatez , & princi¬ palement les Veines. On y voioit même tres-diftin&ement les Veines Laéfées, divifées
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io DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UNE LIONNE.
en differens rameaux , donc on conduifoic facilement les troncs jufqu’au Pancréas d’AIèllius.
Le Baffinet des Reins eftoit rempli d vne glaire rougeaftre, qui pouvoit avoir caufé vn reflus de ferofité , dont on trouva vne grande quantité dans le Ventre inferieur & dans le Thorax.
La VelLe eftoit li petite , que quoi qu’on l’euft étendue autant qu’il eftoit poftible en l’empliffant de vent, elle n eftoit pas plus groffe qu’vn des Reins. Ariftote & Elian difent que les Lions boivent rarement. Et Albert remarque, que les Lionnes n’alaittent gueres long-temps leurs petits, faute de cette abondance d’humidité, qui eft neceffaire à la génération du lait.
Le Foye avoit fept Lobes, fix grands, & vn petit. Vn des grands qui font fituez au côté droit, eftoit fendu en deux, & élargi comme pour faire place au Rein droit , qui eftoit plus haut que le gauche, ainfi qu’il eft ordinairement aux brutes. La Veficule du Fiel eftoit anfra&ueufe , & formée en plufieurs boffes de même que dans les trois au¬ tres fujets.
La Ratte eftoit longue , & en forme de Croiffant. Les rameaux du Vas brève , qui 1 attachent au fond du Ventricule, eftoient plus gros & en plus grandnombre qu’à l’or¬ dinaire.
La Matrice fe divifoi t aufti en deux longues Cornes ou Portières comme aux Chien¬ nes. Ces Cornes eftoient liées & affermies par des ligamens Larges. A leur extrémité, pro¬ che Seau deffous des Tefticules, il y avoit des appendices de figure irreguliere, & comme déchirées parle bout, qui furent jugées eftre les parties que les Anatomiftes modernes appellent les Franges de laTrompe de la Matrice dans les Femmes. Ce qui femble jufti- fier les Anciens d’vne erreur, dont on les accufe.Car cela fait voir qu’ils ont eû quelque raifon de croire que les Cornes de la Matrice , qu’on appelle Portières dans les brutes, font la même chofe que ce qu’on appelle Tuba dans les Femmes. Car quoi que la Por¬ tière des brutes fbit vn corps cave , dans lequel la conception & la nourriture de leurs petits a accouftumé de fe faire, & que le Tuba des Femmes paroiffe folide & fans cavité, en forte qu’il eft propre à recevoir la femence, & à en faire la tranfcolation dans le fond de la Matrice , en lui tenant lieu de Proftates , fuivant l’opinion de Galien-, & que la conception fe faffe ordinairement dans le fond de la Matrice : il eft pourtant vrai de dire que la ftruéture &; l’vfage du Tuba des Femmes, & de la Portière des brutes, n’ont rien d’effentiellement different -, puis que de même qu’il y a des exemples de la conception faite dans le Tuba , nous avons des obfervations qui nous ont fait voir que ce Tuba a aufti quelquefois vne cavité manifefte. On a mis ici la figure de la Matrice d’vne Fem¬ me, dans laquelle nous avons trouvé deux cavitez manifeftes , qui faifoient des finüo- fitez longues de huit lignes, & larges de prés de deux en leur commencement, qui du fond de la Matrice penetroient dans le Tuba.
Au bout de chaque Portière, vnpeuaudeffousduTefticule,ily avoit. vn corps long,
d’vne fubftance nerveufe, qui fut pris pour le ligament rond : car il defeendoit dans les Aines, & s’ydilatoit en forme de patte d’Oye comme aux Femmes. Son origine eftoit feulement diffemblable , en ce qu’aux Femmes ces ligamens fortent du corps même de la Matrice à l’endroit oii commence le Tuba , affez loin du Tefticule. Soranus a écrit qu’il avoit vu en vne Femme ce ligament rond, qu’il appelle le Cremaftere du Tefticule des Femmes, qui eftoit attaché proche le Tefticule, de même que nous l’avons obfer- vé en noftre Lionne.
Le Mediaftin n’eftoit point percé en forme de réfeau comme au premier Lion-, mais fa membrane eftoit épaiffe & continue.
Le Poumon avoit fept Lobes, trois de chaque côté, &C vn au milieu. Ceux du côté droit eftoient plus grands que ceux du cofté gauche. Tout le Parenchyme du Poumon eftoit feirrheux. La veine Coronaire eftoit fort groffe -, mais le Cœur eftoit plus petit qu’aux deux Lions qui ont efté diffequez. Le dedans du Ventricule gauche eftoit feirrheux vers rembouchure de l’Artere du Poumon 5 & il fembloit que le Poumon
euft
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UNE LIONNE. n euft communiqué au Cœur cette maladie. Il y avoir deux Polypes , vn dans chaque Ventricule du Cœur. Toute la bafe du Cœur en dehors eftoit entourée d’vne fubftance glaireufe , qui formoit plufieurs boffes inégales , au lieu de la graille qui fe trouve ordi- nairement en cét endroit.
La langue eftoit armée , comme aux Lions , de Tes grandes pointes en forme d ongles ; mais elles eftoient moins grandes , moins dures, & moins piquantes.^
Les Ventricules du Cerveau eftoient fort amples -, & la cavité, où entre la Faux, & qui fepare le grand Cerveau en deux , eftoit aufti fort profonde, aiant dix lignes. La
glande Pineale eftoit fort petite, n aiant pas vne ligne. ;
Le Cryftallin , de mefme qu’aux Lions, eftoit plus convexe en devant qu’en arriéré: ce qui ne s’eft pas néantmoins trouvé dans l’autre Lionne, où il. eftoit fort plat, & plus convexe en arriére. La Membrane qui eft pofée dans le fond de l’œil , & couchee fur la Choroïde , que nous appelions le Tapis , eftoit de couleur Ifabelle , entremeflee de bleu verdâtre clair. Elle eftoit aifément feparable de la Choroïde , laquelle demeuroiü entière avec (on épaiffeur ordinaire , apres qu’on avoit enleve la membrane qui for¬ me ce Tapis.
Le nerf Optique eftoit fort prés de l’axe de l’œil. On voioit paroiftre vn trou en fon milieu, qui difparoifloit lors qu’on jettoit la Retine toute d’vn codé , &C quelle n’eftoit pas également étendue au tour du nerf Optique fur la concavité de la Choroïde.
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Explication de la figure du Caméléon.
IL eft reprefenté vivant, perché fur vn arbre vn peu penché vers le côté qu’il mon¬ tre, afin de faire voir le deflus de la telle , & le deflous du ventre , autant qu’il effc poffible.
Dans les parties que la chjfiecUon peut fiaire connoifire
A. Efi la V eficule du Fiel.
B. Le Lobe gauche du F oye.
C C. Le droit.
D . H O Efioph âge .
E. Le Ventricule.
F. Le Pylore.
G. Le canal CholidoqUe.
H. La rueine Porte.
I. La ‘veine Cave. *
K K K. Les Intejhns.
L M. Vne Membrane qui tenoit toutes ces parties liées enfimble , & fijpendu'ês.
N. Le premier os du S ter non.
O. Le Lobe gauche du Foje.
P. La partie fùperieure du Poumon , enflée 3 & fiemée de taches rouges.
QC^Q. Le refle du Poumon enflé.
R. LÀJpre Artere 3 liée pour tenir le Poumon enflé.
S S. L'Os Hyoïde.
T. Le Style cartilagineux > auquel la 'Trompe qui Joutient la langue efl attachée.
V V. La Trompe.
XX. La Langue.
Y. La Trompe racourcie.
2 Z. Les Reins.
F r. Les Cornes de la Matrice.
A. Le col de la Matrice.
K K- L’Inteflin.
©0. Les Feux.
AA. Les nerfs Optiques. n. Le Cerveau.
On n’a pas cru que le Squelete eult befoin d’explication , à caufe de la netteté de la figure, & de l’exa&itude avec laquelle il eft décrit dans le Difcours.
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UN CAMELEON.
IL n’y a gueres cT Animal plus fameux que le Caméléon, Ses admirables propriétez ont efté de tout temps le fujet de la Philofophie Naturelle, auffi bien que de la Mo¬ rale. Le changement de couleur , &c la maniéré particulière de fe nourrir qu on lui at¬ tribue , ont donné dans tous les Aecles beaucoup d’admiration oC d’exercice à ceu£ qui s’appliquent à la connoiffance de la Nature : & ces merveilles que les Phyliciens ont racontées de ce chétif animal , l’ont fait eftre le plus célébré fymbole dont on fe foit fervi dans la Morale & dans la Rhétorique, pour reprefenter la lâche complaifance des Courtifans & des flatteurs , & la vanité dont les efprits Amples & légers fe repaiffent. Son nom mefme dans Tertullien eft la matière d’vne ferieufe méditation fur la fauffe apparence , & il le propofè comme l’exemple de l’effronterie des trompeurs &C des fan¬ farons.
En effet, on ne fçait point pourquoi les Grecs ont donné vn A beau nom à vne A vile &C A laide belle, en l’appelant Tetit-Lion , ou Chameau-Lionne Ion l’etymologie d’IAdore. Gefner dit qu’il a quelque chofe qui reffemble au Lion, fans exprimer ce que c’eft. Pa- narolus veut que ce loit la queue qu’il a crochue par le bout, à ce qu’il dit , comme le Lion : mais la vérité eft que ny le Caméléon ni le Lion n’ont point la queue crochue. Il y auroit plus d’apparence de mettre cette reffemblance à la creffe qu’ils ont l’vn &c l’autre fur le fommet de la telle, qui leur fait vne efpece de cafque : mais elle neparoill à la telle du Lion que lors que l’on a ollé les chairs des mufcles des temples. Licetus croit que ce nom lui a elté donné, parce que comme le Lion chaffe &c dévoré les autres Animaux , le Caméléon prend les Mouches ; par la mefme raifon qu’un certain ver, qui chaffe &C prend les Fourmis , qu’Albert a décrit , eft appelé Formicaleon -, & qu’vne petite Ecreviffe de mer eft nommée Lion, ainfi que Pline & Athenée raportent, parce qu’elle eft de la couleur du Lion.
Le Caméléon eft du genre des animaux à quatre pieds , & qui font des oeufs , com¬ me le Crocodile &c le Lézard , aufquels il reffemble affez , A ce n’eft qu’il n’a pas la telle & le dos plat comme le Lézard, qui a aufli les jambes beaucoup plus courtes, avec lefquelles il court fort vifte fur terre : au lieu que le Caméléon a les jambes plus longues, & ne va aifément que fur les arbres, où il fe plaift plus que fur la terre , parce qu’il craint, à ce qu’on dit, les Serpens dont il ne fe peut pas garantir par la courfe , tk que de là il les épie, attendant l’occaAon qu’ils paffent, ou qu’ils s’endorment au deffous de lui , pour les faire mourir par fa bave qu’il laiffe tomber fur eux.
Belon a remarqué deux efpeces de Caméléons, dont l’vn fe trouve en Arabie, l’autre en Egypte. FaberLynceus en adjoûte vn troiAéme, qui eft le Mexicain. Celui que nous décrivons eft l’Egyptien, qui eft le plus grand de tous : car ceux d’Arabie &c de Mexi¬ que , n’ont pas ordinairement plus de Ax pouces de long,& le noftre qui nous a efté ap¬ porté vivant en avoir onze &£ demi , compris la queue. Pline s’eft abufé de beaucoup , quand il a fait le Caméléon auffi grand que le Crocodile , qui eft le plus grand de tous les animaux ; ou s’il entend le comparer au Crocodile terreftre , il trompe fon leéleur, parce que le Crocodile terreftre eft vn animal moins connu que le Caméléon , & dont perfonne n’a jamais parlé que lui , ou fur fon raport. Saumaife attribue cette faute à la mauvaife traduction que Pline a faite du Livre que Démocrite a écrit du Camé¬ léon , dans lequel, félon le Dialeéte Ionique, le Crocodile eft appelé du nom qui Agnifle communément le Lézard. La telle du noftre avoit vn pouce &c dix lignes. Depuis la telle jufqu’au commencement de la queue il y avoit quatre pouces & demi. La queue eftoit de cinq pouces -, & les pieds avoient chacun deux pouces & demi de long. La
i4 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON.
gro fleur du corps s’efl: trouvée differente en divers temps : car il avoit quelquesfois de¬ puis le dos jufqu’au deffous du ventre deux pouces ; d’autresfois il n’avoit gueres plus d’un pouce , félon qu’il s’enfloit , ou qu’il s etreflîfl'oit. Cette enflure & cét étreffiffe- ment n’eftoit pas feulement du thorax & du ventre , mais elle alloit mefme jufques à lès bias , a lès jambes, &£ a la queue. Cette particularité qu’Ariftote a remarquée nous
fit penfer à ce que Theophrafte dit du Poumon du Caméléon , à fçavoir qu’il s’étend par tout fon corps.
Or ces mouvemens contraires de fe renfler 8c de fe rétreffir ne fe faifoient pas comme aux autres Animaux, lors que pour refpirer ils dilatent leur poitrine, & la ref¬ irent incontinent après fucceffivement , 8c par vn ordre compafîè. Car nous l’avons veu enfle plus de deux heures , pendant lequel temps il fe defenfloit bien quelque peu, mais imperceptiblefhent, 8c fe renfloit quelque peu, mais avec cette différence , que la dilatation eftoit plus foudaine 8c plus vifible , 8c cela par des intervalles longs 8c iné¬ gaux. Nous l’avons de mefme veû demeurer defenflé pendant vn long efpace , 8c bien plus long-temps qu’enflé.^ En cét eftatil paroiffo.it fi décharné, que l’épine du dos efloit aiguë , comme fi par l’exténuation des mufcles qui font en dehors le long des vertebres , la peau euft efté collée fur les apophyfes Epineufes &c fur les Obliques : ce qui faifoit paroiftre trois éminences. Les codes fe pouvoient compter -, 8c les tendons des bras 8c des jambes fe faifoient voir fort diftinéf ement. Mais les vertebres, en maniéré de foie, que Gefner 8c Landius dans Scaliger difent lui avoir veuës fur le dos , ni les épines que Panarolus dit y avoir elle mifes par la Nature pour fa défenfo , ne nous apparurent point. Quelque maigre quil foit devenu , fon dos demeura feulement aigu 8c comme trenchant , fans eftre dentelé, & fans avoir aucunes pointes, fes apophyfes Epineufes eftant carrées par le bout comme à la plufpart des Animaux. Cette maigreur fe connoifloit encore quand il fe contournoit le corps ; car il fembloit que c’eftoit vn fac vuide que l’on tordoit : ce que Tertullien , qui eftoit du pais d’où noftre Caméléon a efté apporté , avoit fort bien obfervé, quand il a dit que cet Animal n’eft qu’une peau vivante.
Cette peau eftoit fort froide au toucher ; 8c nonobftant la grande maigreur qui vient d eftre décrite, on ne pouvoir fentir le battement du cœur, qui eftoit encore plus caché 8c plus obfcur que le mouvement de la refpiration. La fnperficie de la peau eftoit iné¬ gale 8c relevée par de petites éminences comme le Chagrin , eftant néanmoins affez douce au toucher , parce que chaque éminence eftoit fort polie. Ces éminences ou grains eftoient de groffeur differente. La plus grande partie eftoit comme la tefte d’vne médiocre épingle, à fçavoir les grains qui çouvroient les bras, les jambes , le ventre 8c la queue. Il y en avoit d’autres vn peu plus gros, de figure ovale, fur les épaules 8c fur la tefte -, 8c quelques-vns de ces gros grains eftoient plus élevez 8c pointus , à fçavoir fous la gorge , où ils faifoient vue rangée en forme de chapelet , qui alloit depuis la lèvre in¬ ferieure jufques à la poitrine. Les grains qui eftoient fur le dos 8c fur la tefte eftoient joints 8c amaffez les vns contre les autres , tantoft au nombre de fept , tantoft de fix, de cinq, de quatre, de trois 8c de deux -, laiftant entre ces differens amas quelques in¬ tervalles femez d’autres petits grains prefqu’imperceptibles , qui eftoient d’ordinaire d’vn rouge pâle 8c jaunaftre, de mefme que le fond de la peau qui paroi ffoit entre ces amas de grains. Ce fond n’a point changé de couleur que quand l’Animal eft mort, au¬ quel temps les petits points font devenus blanchâtres, 8c le fond fur lequel ils eftoient femez a changé fa couleur rougeaftre en vn gris brun.
On a reconnu depuis, que tous ces grains, tant les grands que les petits, eftoient for¬ mez en partie par la peau qui s’élevoit en dehors , eftant creufe par dedans au droit de chaque grain , ainfi que les lames de métail qui font cizelées ou eftampées 5 en partie auffî par plufieurs petites pellicules fort minces, 8c couchées les vnes fur les autres , qui augmentoient l’épaiffeur de chaque éminence , 8c qui s’enlevoient aifément quand on les racloit avec vn fcalpel. Mais tout cela ne faifoit point reffembler cette peau à celle d’vn Crocodile , comme Ariftote veut avec la plufpart des Auteurs. Car le Crocodile a fur le dos des écailles fort larges 8c fort épaifl'es, à proportion de celles qu’il a fous le
ventre j
DESCRIPTION ANATOMIQUE D'UN CAMELEON, i; ventre -, elles font arrangées de fuite : au lieu que les éminences de la peau du Camé¬ léon font femées fans aucun ordre , & de grandeur peu differente,
La couleur de toutes les éminences de noftre Caméléon , lors qu’il eiloit en repos à l’ombre , qu’il y avoit long-temps que l’on ne lui avoir touché , eiloit d’vn gris bleüaffre , à la referve du deffous des pattes, qui eiloit d’vn blanc vn peu jaunaftre , &: de l’intervalle des amas de grains , qui eiloit d’vn rouge pâle & jaunailre , comme il a ellé dit. Et il y a apparence que la couleur naturelle de la peau du Caméléon , qui lés¬ ion Arillote eft le noir, eftoit dans le noftre ce gris qui le reveftoit par tout lors qu’il eiloit en repos , & qui eft demeuré à l’envers de la peau quand il a efté écorché; quoi que le deffus ait confervé quelque temps après , les taches & les differentes cou¬ leurs qui y eftoient au moment qu’il eft mort , mais qui fe font ptefque toutes effa¬ cées quand la peau a efté feiche.
Or ce gris qui coloroit tout le Caméléon expofé au grand jour, fe changeoit quand il eftoit au Soleil; & tous les endroits de fon corps, qui eftoient frapez de la lumière, pre- noient au lieu de leur gris bleüaftre, vn gris plus brun & tirant fur le minime. Le relie de la peau qui n’eftoit point éclairée du Soleil , changea fon gris en plulieurs couleurs plus éclatantes , qui formèrent des taches de la grandeur de la moitié du doit , qui def- cendoient de la crefte de l’épine jufques à la moitié du dos ; d’autres parurent aufti fur les collez , fur les bras & fur la queue. Toutes ces taches eftoient de couleur Ifabelle , par le mélange d’vn jaune pâle , dont les grains fe colorèrent, & d’vn rouge clair , qui eft la couleur du fond de la peau qui paroift entre les grains.
Le relie de cette peau non éclairée du Soleil , Se qui eftoit demeurée d’vn gris plus pâle que l’ordinaire , reffembloit aux draps mêlez de laine de plulieurs couleurs : car on voyoit quelques-vns des grains d’vn gris vn peu verdaftre , d’autres d’vn gris mini¬ me , d’autres d’vn gris bleüaftre ordinaire , le fond demeurant comme devant.
Lors que le Soleil ceffa de luire, la première couleur grife revint peu à peu, Se fe ré¬ pandit par tout le corps, à la referve du deffous des pieds qui demeura de fa première couleur , mais vn peu plus brune. Et lors qu’eftant en cét eftat, quelqu’vn de la Com¬ pagnie le mania pour obferver quelque chofe , il parut incontinent fur fes épaules, Sc fur fes jambes de devant , plulieurs taches fort noiraftres de la grandeur de l’ongle ; ce qui n’arrivoit point lors qu’il eftoit manié par ceux qui le gouvernoient: Quelquefois il devenoit tout marqueté de taches brunes , qui tiroient fur le vert. En fuite on i’envelopa dans vn linge, où ayant efté deux ou trois minutes , on l’en retira blanchaftre ; mais non point fi blanc que celui dont parle AldrQvandus , qui difparut, eftant devenu tout à fait femblable au linge dans lequel il avoit efté mis. Le noftre , qui avoit feulement changé fon gris ordinaire en vn gris fort pâle , après avoir gardé cette couleur quel¬ que temps, la perdit infenfiblement.
Cette expérience nous lit douter qu’il foit vrai que le Caméléon prend toutes les cou¬ leurs hormis le blanc , comme Theophrafte Se Plutarque difent : car le noftre paroif- foit avoir tant de difpolition à recevoir cette couleur , qu’il devenoit .pâle toutes les nuits ; & quand il fut mort , il avoit plus de blanc que d’autre couleur. Nous n’a¬ vons point aufti trouvé qu’il change de couleur par tout le corps, ainft qu’Ariftote a dit : car quand il prend d’autres couleurs que fa grife, Se qu’il fe déguife comme pour aller en mafque , ainft qu’Elian dit agréablement , il n’en couvre que certaines parties de Ion corps.
Enfin, pour achever l’experience des couleurs que le Caméléon peut prendre, on le mit fur differentes chofes de diverfes couleurs , 8e. on l’y envelopa : mais il ne les prit point , comme il avoit fait la blanche -, 8e meftne il ne la prit que la première fois que l’experience en fut faite , quoi qu’on la réitérait plufieurs fois en differens jours.
En faifant ces expériences , nous obfervâmes qu’il y avoit beaucoup d’endroits de la peau qui ne bruniffoient jamais que fort peu. Pour dire plus certains de cela , nous marquâmes par de petits points d’encre ceux des grains qui nous paroijToient les plus blancs lors qu’il paliffoit ; Se nous avons toujours trouvé que lors qu’il devenoit plus
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16 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON.
brun, & que fa peau fe tachetoit , ces grains que nous avions marquez devenoient toû- jours moins bruns que les autres.
Sa telle eftoit allez femblable à celle d’vn poiffon , eftant jointe à la poitrine de fore prés, & par vn col Fort court, qui eftoit couvert par les collez, de deux avances carti- lagineufes , qui reffembloient aux ouïes des poiffons. Il y avoit vne crefte élevée droite fur le fommet, & deux autres creiles au deffus des yeux tournées comme vne S cou¬ chée. Entre ces trois creiles il y avoit deux cavitez le long du deffus de la telle.
Son mufeau Faifoit vne pointe obtuFe -, & il y avoit deux carnes qui defcendoient de¬ puis les lourcils jufqu’au bout du mufeau, & qui le failoientrelfembler à celui d vne Gre¬ nouille. Arillote dit qu’il ell femblable au Chœropztbecm , qui ell vn animai inconnu , dont le nom lignifie qu’il tient du linge &; du pourceau : mais le mufeau de nollre Ca¬ méléon ne relfembloit ny à celui d’vn linge, ny à celui d’vn pourceau ; car la mâchoire de delfous avançoit davantage que celle de delfus , qui ell le contraire du groüin de pourceau.
Sur le bout du mufeau il y avoit vn trou de chaque collé en forme de narine. Belon femble Faire entendre que ces trous fervent auffi à l’ouïe -, & cela avec autant de raifon qu* Alcméon a dit , ainfi qu’Ariftote rapporte, que les Chèvres refpirentpar les oreilles, qui ell vne choie qu’Elian dit n’ellre crue que par les Bergers , quoi que Tulpius allure dans fes Obfervations , qu’en l’homme mefme il fe trouve vn conduit qui porte l’air dans la bouche par les oreilles. La vérité ell , que nollre Caméléon n’avoit point d’au¬ tres ouvertures en la telle que ces deux narines, par lefquelles il y a apparence qu’il ref pire , parce que fa gueule ell ordinairement fermée li exaélement , qu’il femble n’en point avoir , fes deux mâchoires eftant jointes par vne ligne prefque imperceptible, quoi que Solin ait écrit qu’il a la gueule inceffamment ouverte : ce qui peut faire croire que Solin , d>C la plufpart de ceux qui ont peint le Caméléon n’en ont point vu de vivant -, car ils le font la gueule ouverte , ce qui ne lui ell ordinaire que quand il ell mort.
Ces mâchoires eftoient garnies de dents , ou plûtoft d’vn os dentefo , qui ne nous a point paru lui fervir à manger -, parce qu’il avalloit les mouches , & les autres infeéles qu’il prenoit, fans les mafcher. Elian dit qu’il fe deffend contre le ferpent, à l’aide d’vn grand fellu qu’il prend à fa gueule ; & il y a apparence que fes dents lui peuvent fervir pour le tenir plus ferme : mais il faut entendre qu’il le tient en travers , pour empêcher que le ferpent ne le puiffe engloutir , comme il a de couftume d’avaller les Grenoüil- les & les Lézards tous entiers car il n’y a point d’apparence d’expliquer cét endroit d’Elian, ainfi que font Gefner & Aldrovandus, qui conçoivent que le Caméléon fe fert de ce feftu comme d’vn bouclier ou d’vne épée avec quoi il fe deffend contre le fer¬ pent, comme vn efcrimeur feroit ; car iln’eft pas affez agile pour cela.
La gueule eftoit fendue d’vne maniéré toute particulière : car au lieu que les autres animaux ont d’ordinaire l’ouverture des lèvres plus petite que celle des mâchoires -, les lèvres de noftre Caméléon eftoient fendues par delà la mâchoire de la longueur de deux lignes, & .cette continuation de fente defcendoit obliquement en bas.
La forme , la ftruélure , 8c le mouvement de fes yeux avoit quelque chofe de fort particulier. Ils eftoient fort gros , ayant plus de cinq lignes de diamètre. Ils paroif- îoient fphériques, s’avançant en dehors de toute la moitié de leur globe , laquelle eftoit couverte d’vne feule paupière faite en forme de caliotte percée d’vn trou par le milieu, ce trou n’ayant pas vne ligne de largeur. Par ce petit trou la prunelle qui eftoit bril¬ lante, brune , & bordée comme d’vn petit cercle d’or , fe voyoit affez aïfément , quoi qu’Ariftote dife que ce cercle ne fe peut voir qu’aprés que la paupière a 'efté oftée par la diffeélion. Cette paupière eftoit chagrinée de mefme que le refte de la peau -, &c quand le corps fe varioit de plufieurs couleurs , faifant des taches qui eftoient en divers temps de differentes figures , celles de l’œil demeuroient toujours de la mefme forte : car des barres ou bandes teintes de la couleur qui furvenoit au refte du corps, partaient du trou de la paupière, & s’épandoient vers la circonférence comme des rayons.
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. 17
Le devant de l’œil paroiffoit attaché à la paupière , laquelle ne fe hauffoit & ne fe baiffoit pas comme aux autres animaux , qui peuvent donner à leur paupière vn mouvement different de celui de l’œil -, car celui de noftre Caméléon ne fe remuoit point, que la paupière ne fuivift fon mouvement. C’eft ce que Pline femble avoir exprimé, mais affez improprement, quand il a dit que la prunelle du Caméléon ne fe remue point, mais que c’eft tout l’œil qui fe tourne ; car il n’y a point d’animal qui remue la prunelle lors que tout le refte de l’œil demeure immobile. Mais ce qui eft de plus extraordinaire en ce mouvement, eft de voir remüer vn des yeux pendant que l’autre eft fans mouvement, & l’vn tourner en devant, en mefme temps que l’autre regarde en arriéré-, 1 vns elever au ciel , quand l’autre s’abaiffe vers la terre -, & tous ces mouvemens eftre fi extrêmes, qu’ils portent la prunelle jufques fous la creftequi fait le fourcil,&ft avant dans les coins de l’œil , que la veuë puiffe découvrir ce qui eft tout-à-fait derrière & dire&ement de¬ vant, fans que la telle qui eft ferrée contre les épaules foit tournée. Ariftote,qui a dé¬ crit le Caméléon plus exaélement qu’il n’a fait aucun autre animal, a obmis cette par¬ ticularité de ce mouvement extraordinaire des yeux , qui à la vérité n’eft point au Ca¬ méléon de Mexique ; mais il y a apparence que ce n’eft pas celui-là qu’Ariftote a décrit. Il n’a pas aufti obfervé que le petit trou qui eft à la paupière fe ferme en s’élargiffant de travers, jufques à ne faire qu’vne fente, en forte que la partie d’en haut fe joint fort exa¬ ctement avec celle d’en bas; car il dit que les bords de ce trou ne fe joignent jamais pour couvrir l’œil. Pline &£ Solin affûrent aufti la mefme chofe , & prefque tous les Hifto- riens naturels qui n’ont vu des Caméléons que dans les livres de ces Auteurs.
Cette partie du corps qui s’appelle le Tronc, & qui comprend le thorax ôtle ventre, n’eftoit à noftre Caméléon qu’vn thorax , fans qu’il y euft prefque de ventre : ce qu’Ariftote a mieux remarqué que Pline, qui dit que la poitrine du Caméléon eft jointe à fon ven¬ tre -, car cela ne lui eft point particulier, eftant ainfi en tous les animaux , qui n’ont ja¬ mais rien entre la poitrine le ventre. Mais quand Ariftote dit, que la poitrine du Ca¬ méléon , ainfi qu’aux poiffons , eft jointe à l’hypogaftre , qui eft la partie baffe du ven¬ tre , il fait fort bien entendre que les côtes defcendent dans les Iles , ou les autres ani¬ maux n’ont que les apophyfes tranfverfes des lombes , le refte eftant fans os, & pour cette raifon appelé Yuide par Hippocrate.
Ses quatre Pieds eftoient pareils. Ils differoient feulement en ce que ceux de devant eftoient pliez en arriére , & ceux de derrière en devant ; & l’on pourroit dire que ce font quatre bras qui ont leur quatre coudes en dedans, eftant compofez chacun com¬ me d’vn humérus , joint avec deux os femblables à vn radius & à vn cubitus. Solin s’eft trompé, quand il a dit que les pieds du Caméléon font joints au ventre ; car au noftre ceux de derrière eftoient articulez avec l’os Ifchion , ceux de devant eftoient attachez aux omoplates.
Les quatre Pattes eftoient compofées chacune de cinq doits, & reffembloient mieux à des mains qu’à des pieds. Elles eftoient, tant celles de devant que celles de derrière, fendues en deux -, ce qui faifoit comme deux mains à chaque bras, & deux pieds à cha¬ que jambe : car bien qu’vne de ces parties n’euft que deux doits, &C l’autre trois , elles eftoient néanmoins aufti larges l’vne que l’autre , les doits qui eftoient deux à deux eftant plus gros que ceux qui eftoient trois à trois. Ces doits eftoient enfermez enfemble fous vne mefme peau comme dans vne mitaine , & n’eftoient diftinguez qu’en la dernière jointure , à laquelle les ongles font attachez. La difpofttion de ces Pattes eftoit differente, en ce que celles de devant avoient deux doits en dehors & trois en dedans, au contraire de celles de derrière, qui en avoient trois en dehors & deux en dedans.
Avec ces Pattes il empoignoit les petites branches des arbres de même que le Per¬ roquet , qui pour fe percher partage fes doits autrement que la plufpart des autres oifeaux , qui en mettent toujours trois devant ôc vn derrière , où le Perroquet en met deux derrière de mefme que devant.
Les Ongles qui étoient vn peu crochus, fort pointus, d’vn jaune pâle, ne fortoient
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18 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON.
que de la moitié hors la peau ; l’autre moitié eftoit enfermée & cachée deffous : ils avoient en tout deux lignes & demie de long.
Sa queue reffembloit aflez bien à celle d’vne Vipere, ainfi que Pline remarque , ou à celle d vn grand Rat ; ce que Marmol qui a écrit 1 Fîiftoire de l’Affrique en Efpaomol, femble avoir voulu dire, quand il compare cette queue à celle d’vne Taupe, parce que le peu de reflemblance quil y a entre la queue d vn Caméléon , & celle d’vne Taupe, doit faire croire que Marmol , fuivant la couftume de la plufpart de ceux qui font les Relations de ce qu’ils ont vu dans les païs eftrangers, a mêle fans diftindion ce qu’il a lu avec ce qu il a vu , & qu il a pris ce qu il dit de la queue du Caméléon, dans quelque auteur Italien , parce que Topo qui en Efpagnol lignifie vne Taupe , lignifie vn Rat en
Or la queue de noftre Caméléon n eftoit femblable à celle d’vne Vipere ou d’vn Rat, que lors que Ion enflure la rendoit ronde ; car autrement elle avoit tout du long les trois eminences qui le voyent lur le dos , comme il a efté dit , qui font les rangées des apophyfes Epineufes, & Obliques des vertebres : outre cela elle avoit encore deux au¬ tres rangées faites par les apophyfes Tranfverfes. Il ne manquoit jamais à entortiller cette queue autour des branches , &c ehe lui forvoit comme d’vne cinquième main.
Quand il marchoit,il la laifloit rarement traîner fur terre , mais il la tenoit parallèle aux lieux ou il marchoit.
Son marcher eftoit plus lent que celui d’vne Tortue , mais tout-à-fait ridicule , en ce que fos jambes eftant fort dégagées, ôc plus longues, &c moins embaraflees que ne font celles de la Tortue, il les portoit avec vne gravité qui paroifloit affedée, parce qu’elle ftembloit eftre fans fujet. C eft pourquoi Tertullien dit , qu’on croiroit que le Caméléon fait plûtoft femblant de marcher, qu’il ne marche en effet.
Quelques-vns eftiment que ce marcher eft vne marque de la timidité que l’on dit eftre extrême en cét animal. Mais parce qu’il eft certain que la crainte, quand elle n’eft point affez grande pour ofter tout-à-fait le mouvement , donne vne grande force à ce¬ lui des jambes, dans lefquelles on croit qu’elle fait defcendre toute la chaleur , & toute la vigueur qui a abandonné le coeur 5 il y a bien plus d’apparence que cette lenteur eft l’effet d’vne grande précaution, qui le faitagir avec circonlpedion. Car il femble que le Caméléon choifit les endroits où il doit pofer fes pieds -, Sc quand il monte fur les ar¬ bres , il ne fo fie point à fes ongles, bien qu’ils foient plus pointus que ceux des Ecurieux qui graviffent fi legerement par tout : mais s’il ne peut empoigner les branches à caufe de leur groffeur, il cherche long- temps les fentes qui font à l’écorce, pour y affermir fes ongles.
AYant ouvert noftre Caméléon après fa mort, nous trouvâmes , lors que la peau qui couvroit le thorax &C le ventre, fut levée , qu’il n’y avoit deftous que des membranes qui joignoient les côtes enfemble, & qui tenoient lieudemufclesintercoftaux. Ces membranes qui eftoient fi tranfparentes , que l’on voioit les entrailles au travers , eftoient teintes de vert en la région du Foye.
Tout le ventre aiant efté divifé par le milieu jufqu’au cartilage Xiphoïde, le Foye fo prefenta, hors duquel la veficule du fiel s’élevoit jufques à toucher aux fauffes côtes ; nous appelions ainfi les côtes qui ne font pas jointes au Sternon , &C qui font d’vne fa¬ çon particulière au Caméléon , ainfi qu’il fera expliqué ci-aprés. Nous trouvâmes la ve¬ ficule entre les deux lobes. Belon la met dans le gauche. Elle eftoit de la groffeur d’vn pois, prefque ronde, d’vn vert brun. Son colproduifoit le conduit Cholidoque, qui s’al- loit inferer au deftous du Pylore.
Le Foye qui eftoit d’vn rouge fort brun, & d’vn Parenchyme aflez ferme, dans le¬ quel on difoernoit facilement des cavitez ou conduits , eftoit partagé en deux lobes, dont le droit paroifloit quelque peu plus grand que le gauche.
Le Ventricule eftoit fous le Foye, & il fembloit n’eftreque la continuation de l’Oefo* phage, qui s’élargiflbit vnpeu dans le ventre, le long duquel il defoendoit allez droit,
&c
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. 19
& fe recourbait feulement vn peu vers le Pylore, où il fe rétreffiflbit ; & là ces mem¬ branes devenoient fort dures. Nous fûmes étonnez de voir que ce conduit fi étroit, & fait par vne membrane fi dure , pouvoir donner pafiage aux mouches qui efioient entières dans les inteflins ; &c nous jugeâmes qu’il faloit que le Pylore fufi- capable d Vne diftention pareille à celle de l’orifice interne de la matrice. Ce Ventricule efioit de même fubftance , & de même couleur que l’Oefophage ,1’vn &; l’autre efiant compofé de membranes blanches, & non tranfparentes , comme efioient toutes les autres qui fe trouvoient dans le ventre. L’Oefophage & le Ventricule avoient enfemble la longueur de trois pouces & demi. A la fortie du Pylore l’intefiin s ’élargiflbit , & devenoit plus gros que le Ventricule, faifant trois replis, l’vn au droit du Pylore, le fécond au bas du ventre, dans lequel efiant defcendu,il remontoit vers le Ventricule, où il faifoit le troi- fiéme repli, pour redefcendre vers l’Anus. La longueur de toutcét Inteftin efioit de fept pouces, &: il confervoit fa même groffeur jufques à fon extrémité. Il efioit fort noir par tout -, & on voioit des membranes dont il efioit lié , qui efioient le Mefentere, dans lefqu elles on remarquoit des vaifleaux encore pleins de fang. Il y avoit même des fibres blanches en forme de veines Laétées ; & cette membrane du Mefentere qui efioit fort tranfparente , avoit en fon milieu vne partie qui s epaiffiflbit , &; devenoit opaque, comme pour former le Pancréas d’Afellius , ou le Réceptacle de Pecquet. Quoi qu’il fufi impoffible d’affembler les rameaux des vaiffeaux fanguinaires épandus dans ce Me¬ fentere, Sc de les conduire jufqu’à leur Tronc, on en voioit néantmoins vn qui fut jugé eftre celui de la veine Porte. La veine Cave fe trouva aulli fous le Foye, couchée fur les vertebres , & pleine d’vn fàng fort noir.
Il n’y avoit aucune apparence de Ratte :ce qui eft conforme à ce que les Auteurs ont dit du Caméléon. Us affûrent aufii qu’il n’a point de Reins : néantmoins nous trouvâmes que le noftre avoit deux chairs couchées en long de haut en bas aux deux cotez de l’épine, en la région des Lombes & de l’os Sacrum , que nous prîmes pour les Reins. Ces chairs fe feparoient afiez aifément de l’endroit fur lequel elles efioient attachées, pour ne pouvoir eftre prifes pour les mufcles P fias -, & elles n’eftoient liées fermement qu’à l’endroit où l’extrémité de l’Inteftin fe joint au commencement de la matrice. Cette particularité a fait croire à Moniteur Gaffendi que ces chairs, dont il parle dans la vie de Monfieur de Peirefc, qui avoit eû la curiofité de nourrir des Caméléons, pourroient eftre les Tefticules. Elles efioient de la longueur d’vn pouce, larges de prés de deux lignes par le milieu -, &: elles alloient en s’étreffilfant jufques au bout, fai¬ fant la figure d’vne lancette. Elles avoient d’épailfeur les deux tiers d’vne ligne. Leur Parenchyme efioit d’vn rouge pâle afiez folide , & abreuvé en dedans de beaucoup de ferofité ; d’où l’on jugea que c’eftoient plûtoft des Reins que des Tefticules : &C ce qui fortifia encore davantage cette opinion , efioit vne cavité quelles avoient cha¬ cune en leur milieu , félon leur longueur , formée d’vne membrane afiez dure , qui pouvoit pafîer pour le baffinet du Rein. Malpighius a obfervé de pareils conduits dans les Reins des oifeaux, que néantmoins Harveus dit eftre folides, èc fans aucune cavité.
La Matrice ou Portière efioit vn conduit qui aboutifloit à l’Anus. Ce conduit ou col de la Matrice efioit fitué fur ces chairs , que nous croions eftre les Reins , fk fous l’extrémité de l’Inteftin comme aux oifeaux , & tout au contraire qu’il n eft d’ordinaire aux autres animaux, où l’Inteftin eft fur l’os Sacrum , & la Vefiie au deffus du col de la Matrice. Cette Matrice efioit comme aux brutes compofée de deux cornes , qui for- toient de fon col , s’alongeoient jufqu’à la longueur de trois pouces & demi , ôe re¬ tournoient au même endroit , faifant comme deux anfes quand on les droit de dedans la région des Iles où elles efioient pliées. Elles n’avoient pas plus d’vne ligne de large,
quelquefois moins en plufieurs endroits où elles s’éfrefîifibient , faifant comme des nœuds : mais nous ne trouvâmes point d’œufs , ni dans leur cavité , ni dans les mem¬ branes d’alentour , qui font ce que l’on appelle YOvarium.
La plufpart de toutes ces parties , à fçavoir le Foye , le Ventricule & les Inteftins, efioient foûtenuës & fufpenduës par vne forte membrane ou ligament, qui en manière
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20 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON, d’vn Mediaftin defcendoit de la région du Cartilage Xiphoïde jufqu ’aubas du ventre. Il y avoit auffi de pareilles membranes, qui du même endroit du Cartilage Xiphoïde s’écar- toient à droit & à gauche, lefquels eftoient ce que Harveus prend pour le Diaphragme aux oifeaux , & que Fabricius nie eftre vn Diaphragme , parce qu’elles ne font point mufculeufes. Et en effet ces membranes eftoient tranfparentes, n’ayant rien de charnu: elles eftoient feulement doubles, & jointes à plufieurs autres diverfement figurées, com¬ me il apparut lors qu’ayant fait fouftier dans l’Afpre Artere , tous les deux grands vui- des qui reftoient à droit & à gauche des vifceres fufpendus au milieu , s’emplirent fou- dainement par l’enflure de ces membranes , qui ne fe difcernoient point avant que l’on euft foufflé -, & cette enflure n’emplit pas feulement ces cavitez , mais elle jetta dehors de côté &: d’autre des produdions en manière de veftie de carpe, les vnes de la grof- feur & de la longueur du doit , les autres plus petites , & de ces grandes il en fortoit en¬ core d’autres petites. Au milieu de ces deux grands amas de differentes produdions de veflies , qui reprefentoient le Poumon droit & le Poumon gauche , il s elevoit en¬ core vne veftie vnique , qui fembloit tenir lieu du petit lobe , qui fe trouve en beau¬ coup d’animaux au milieu de la poitrine dans la cavité du Mediaftin. Ces membranes ainfi étendues par le vent eftoient blanches & vn peu tranfparentes , & paroiffoient fort délicates ; mais elles eftoient fortifiées par des fibres entrelaffées en maniéré de rézeau. Quand on ceffoitde fouffler, toutes ces membranes retombant & fe colant les vnes aux autres faifoient difparoiftre toutes ces veflies , qui en effet ne font autre chofe que des produdions du Poumon.
Gefner dit que des entrailles du Caméléon il n’y a que les Poumons qui font vifi- bles. Mais Ariftote a remarqué avec plus de vérité, que les animaux à quatre pieds qui font des œufs ont vn Poumon qui ne fe voit prefque point , fi on ne fouffle dedans pour l’enfler. En effet, tout ce qui paroiflôit à la place ou doit eftre le Poumon n’eftoit, avant qu’il fuft enflé, que comme deux petites chairs de couleur de rofe, de la groffeur d’vne fève, fituées de chaque cofté du Cœur : ce qui a fait dire à Panaroius , que le Ca¬ méléon a les Poumons fort petits. Mais ces petites chairs n’eftoient pas tout le Pou¬ mon ; elles ne pouvoient paffer que pour les membranes du haut du Poumon pliées & ramaffées , qui en cét endroit eftoient femees de petites éminences rouges , lefquelles, lors que le vent dilatoit ces membranes , paroiffoient difperfées fur l’étendue de leur fu- perficie-, 8c lors que les membranes s’abatoient, ces petites éminences rouges fe rapro- chant l’vne contre l’autre , faifoient cette apparence de chair , qui n’eftoit point vne fubftance fpongieufe, comme veut Panaroius, mais feulement vn amas de membranes.
L’Afpre Artere eftoit fort courte , compofée de Cartilages annulaires à l’ordinaire. Elle avoit vn Larynx à fon origine , compofé comme de deux Epiglottes qui fermoient l’ouverture, faifant vne efpece de Glotte, qui eftoit vne fente tranfverfale, -non droite comme elle eft aux animaux qui ont quelque efpece de voix , dontjioftre Caméléon eftoit entièrement privé.
Le Cœur eftoit affez petit, n’ayant pas plus de trois lignes de long. Sa pointe paroiflôit comme coupée. Les Oreilles du Cœur eftoient fort grandes, principalement la gauche, & vn peu plus rouges que le Cœur, qui eftoit affez pâle. Les vaiffeaux d’autour du Cœur eftoient fort pleins de fang.
Le Cerveau fe trouva fi petit , qu’il n’avoit guere plus d’vne ligne de diamètre , &c n’eftoit pas deux fois plus large que la Moelle de l’Epine , qui eftoit fort blanche , le Cer¬ veau eftant d’vn gris rougeaftre.
Les nerfs Optiques n’eftoient point fi courts, que le Cerveau leur fuft continu & atta¬ ché aux yeux, ainfi qu’Ariftote les décrit. Ils n’eftoient point aufll comme Panaroius les reprefente , qui dit qu’ils forterît feparément du Cerveau , mais qu’ils ne fe rejoignent point : car il y avoit deux éminences au Cerveau, qui eftoient les origines , & la pre¬ mière partie des nerfs Optiques -, & ces éminences après s’eftre jointes , fe feparoient en deux filets longs chacun de huit lignes , qui s’inferoient dans le globe de l’œil hors fon axe à l’ordinaire. Ce globe eftoit couvert d’vne Conjondive, au deffous de laquelle
eftoit
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. ' 21
eftoit l’infertion des mufcles de l’œil, qui n’eftoient point des fibres, comme dit Pana- rolus , ni des petites poulies , comme Jonfton veut , mais de la véritable chair mufcu- leufe.
Sur toute la Conjonctive eftoit vn mufcle Orbiculaire qui colloit la paupière à l’œil, auquel il eftoit adhèrent, en forte qu’il fervoit à faire que la paupière euft le même mouvement que l’œil. Son adion particulière eftoit de fermer le petit trou rond de la paupière. Ce mufcle eftant levé , on voioit l’Iris toute entière , que Jonfton dit man¬ quer au Caméléon. Elle eftoit de couleur Ifabelle , bordée en fon extrémité intérieure du petit cercle d’or, dont il a déjà efté parlé. La Cornée eftoit fort mince, le devant de la Sclérotique fort épais &: fort dur, le derrière tres-mince -, la Choroïde , noire fous l’Iris, & bleüaftre à foppofîte dans le fond ^laRetine , fortépaiffe vn peu rougeaftre; les Humeurs, toutes Aqueufes , en forte qu’on ne les pouvoit pas aifément diftinguer; le Cryftallin même fembloit eftre confondu avec les autres Humeurs.
Prés de l’endroit par où les nerfs Optiques entrent dans les Orbites , plufteurs fibres de nerfs fort déliées entroient auffi , & paflantdans le vuide qui eft au milieu des deux Orbites, penetroient dans vn grand Sinus qui eftoit dans l’os de la mâchoire fuperieure, ou font les trous des Narines. Ce Sinus eftoit plein d’vne chair dure, fibreufe, & fort rouge , au travers de laquelle les conduits des narines paftoient , ces conduits eftant formez par vne membrane jaune affez dure. Us eftoient obliques, allant depuis l’ouver¬ ture, de la narine en montant dans le Sinus , ils defcendoient en fuite dans le Palais, qui couvrait par vne production membraneufe affez dure , l’extrémité dechaquè con¬ duit * dans lequel nous ne trouvâmes rien qui puft porter l’air vers quelque organe pour l’ouïe.
Ariftote a remarqué que la plufpart des poiftons entendent, quoi qu’ils n’aient point de conduit pour l’ouïe : mais nous n’avons trouvé ni conduit , ni aucune marque dans les façons de faire de noftre Caméléon , qui nous puft faire croire qu’il euft le fens de l’ouïe -, en forte qu’il eft vrai de dire , que c’eft vn animal qui ne reçoit, &C qui ne rend aucun fon.
Les nerfs qui font produits par la Moelle de l’Epine fe voioient affez aifément quand les entrailles furent ôtées. Us fortoient à l’ordinaire d’entre les Vertebres, &c quelques- vns de ceux qui fe dévoient diftribuer aux bras fortoient d’entre les Vertebres fuperieu- res du thorax , parce que les Vertebres du col qui eft fort court , n’en pouvoient pas fournir affez. Ils entroient dans la capacité du thorax trois de chaque côté, qui s’vnif- foient, &C en fuite eftant divifez retournoient vers l’Omoplate. Ceux qui font deftinez pour le mouvement des jambes entroient de même aux cotez de l’os Sacrum , s’vnif- foient,& fe divifoient en fuite pour fe diftribuer à la jambe. Entre chaque Côte on en voioit vn, qui eftant forti du bas de ces Vertebres, au haut de laquelle la Côte eft arti¬ culée, traverfoit en montant obliquement vers cette Côte, &; l’accompagnoitjufqu’au bout.
Ariftote dit que le Caméléon n’a point de chair qu’aux mâchoires &au commence¬ ment dè la queue. Le noftre en avoit par tout le corps, à la referve du bas du thorax & du ventre, où au lieu des mufcles intercoftaux &: de ceux de Y Abdomen , il n’y avoit que des membranes tranfparentes , mais doubles & fibreufes , qui furent eftimées eftre capables d’aider au mouvement que les Côtes doivent avoir pour la refpiration du Ca¬ méléon qui eft fort lente *, le principal organe de ce mouvement des Côtes eftant vne chair qui defcendoit aux deux cotez de l’Epine proche de leur articulation, qui pouvoit eftre le mufcle Sacrolumbus. Toute l’Epine, la Queue, le haut du Thorax, les Bras &; les Jambes eftoient garnies de chairs mufculeufes , rouges , fibreufes , dont les tendons blancs &; argentez eftoient fi vifibles, qu’il aurait efté fort aifé d’en faire vne Myotomie, tous ces mufcles eftant fans graiffe, dont nous n’avons trouvé aucune ap¬ parence dans tout l’animal, fi ce n’eft qu’on prenne pour de la graiffe quatre ou cinq petits grains femblables à du millet, qui eftoient attachez aux membranes qui emplift foient les intervalles des côtes. Mais la petiteffe de ce fujet qui le rendoic facile à fe
L
22 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON, deffecher promptement , nous a empêchez de faire nos obfervations auffi particulières qu’il le mérité.
La dernière obièrvation que nous avons faite, mais qui n’eft pas la moins confidéra- ble , eft fur fa Langue , dont la ftruélure 6c l’vfage font tout-à-fait extraordinaires. Nous trouvâmes qu’elle eftoit compofèe d’vne chair blanche affez folide , longue de dix lignes , large de trois , ronde, 6 C vn peu applatie vers l’extrèmitè. Elle elloit creufe 6c ouverte par le bout comme vn fac, femblable en quelque forte au bout de la Trompe dVn Elé¬ phant. Cette Langue elloit attachée à l’os Hyoïde, par le moyen d’vne efpece de Trom¬ pe en forme de boyau , de lix pouces de longueur, 6c d’vne ligne de groffeur, ayant vne membrane par deffus, 6c vne fubllance nerveufe en dedans. La membrane elloit couverte de taches tout du long , comme lî elle avoit efté imbue en dedans d’vn fang noirallre, extravafé,6c inégalement amalfé en plulieurs endroits. La fubllance nerveufe du milieu elloit folide 6c compare, quoi que fort mollalfe, 6c ne fe divifoit pas aifé- ment en filets comme les nerfs qui fortent de la moelle de l’Epine. Cette Trompe fer- voit à jetter la Langue qui lui elloit attachée , en s’allongeant , 6c à la retirer, en s’ac- courciffant; 6c nous avons cru que quand elle s’accourcilîbit , il faloit que la membrane qui la couvre full enfilée par vn Stile de fubllance cartilagineufe , fort lice, 6c fort poli, au bout duquel la Trompe elloit attachée, 6c fur lequel fa membrane fe plilïoit comme vn bas de foie fur vne jambe : car nous n’avons pu connoillre bien certainement com¬ ment cette Langue peut ellre retirée d’vne autre forte. Ce Stile , qui elloit long d’vn pouce, prenoit fanaiffance du milieu de la bafe de l’osEIyoïde, de même qu’il s’en trou¬ ve à la Langue de plufieurs oifeaux.
La Langue elloit femée de quantité de vailfeaux apparens ,à caufe du fang qui y elloit en grande abondance , ainfi que dans tout le refie du corps : ce qui nous fit étonner qu’Ariftote ait dit que le Caméléon n’a du fang qu autour du Cœur 6c des Yeux ; 6c que la plulpart des Modernes le mettent au rang des animaux qui ont peu de fang.
Il y a apparence que ce n’ell point le peu de conte que les Anciens ont fait des par- ticularitez de cette Langue , qui les a empêchez d’en parler ; 6 C que s’ils avoient vu a quoi le Caméléon l’emploie, ils n’auroient pas pu croire qu’il ne vit que d’air. Car cette Langue lui fert à la chaffe des animaux dont il fe nourrit -, 5c c’eft vne chofe qui nous furprit, que la vîteffe avec laquelle nous lui vîmes darder cette Langue fur vne mou¬ che , 6c celle avec laquelle il la retira dans fa gueule avec la mouche , que l’on dit qu’il ne manque jamais à prendre par le moien d’vne glu naturelle qui fuë inceffamment de cette Langue , comme nous avons obfervé , 6c qui s’amaffe 6c s’épaiffit dans fa cavité, qui ne pénétré point dans la Trompe à laquelle cette Langue efl attachée : en forte que pour avaler ce qu’il a collé au bourde fa Langue, il faut qu’il fe falfe vne efpece d’aétion Periflaltique par la Langue, dont les parties fficceffivement jointes 6c preflées contre le Palais, y font couler jufques au gofier ce qui doit ellre avalé. Une quantité de rides que nous vîmes en travers fur l’extrémité de cette Langue, nous a fait juger que cela fe doit faire ainfi.
Cependant Marmol , qui dit avoir obfervé quantité de Caméléons vivans , à delfein de s’éclaircir fur cét vfage particulier de leur Langue , allure quelle ne leur fert point à prendre les infeétes, 6 c que tout ce qu’il a obfervé de cét Animal ne lui fçauroit faire perdre l’opinion qu’il a, que fa feule nourriture eft l’air 6c les raions du Soleil.
Néantmoins nous lui avons trouvé le Ventricule 6c les Inteftins remplis de mouches 6 c de vers , apres lui en avoir vu avaler de la façon que nous venons de dire. Nous avons auffi remarqué que les excrémens qu’il rendoit prefque tous les jours eftoient mêlez de quantité de bile jaune 6c verd brun , 6c tels qu’ils font aux animaux qui fe nourriffient d’autre chofe que d’air : ce que Nidermayer , Médecin du Landgrave de H elfe, qui porta en 1619. vn Caméléon vivant de Malte en Allemagne , avoit déjà ob¬ fervé. Le noftre vuida , même plufieurs fois , des pierres de la groffeur d’vn pois , qu’il n’avoit point avalées , mais qui s’eftoient engendrées dans fes Inteftins , ainfi que nous reconnûmes apres les avoir examinées curieufement. Car on trouva que ces pierres
eftoient
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. 23
efloient fi legeres , qu’eflant mifes dans le vinaigre diflillé , elles s’élevoient du fond du vaiffeau quand on l’agitoit , quelles sy diffolvoient , 8c qu’vne qui s’y fendit ënfermoit en fon milieu la telle d’vne mouche , autour de laquelle la matière pierreufe s’efloit amaffée.
Cela nous fit juger que la Lienterie que Panarolus dit èflre perpétuelle au Caméléon, n’efloit point la maladie du noflre, puifque retenant les chofes vtiles, il ne rejettoit que celles qui font fuperfluës , 8c qui ne doivent point eflre gardées. Il efl bien vrai qu’il rendoit des mouches , qui paroiffoient prefque auffi entières qu’il les avoit prifes ; mais on fçait que cela arrive aux Serpens , qui rejettent les animaux entiers comme ils les ont avalez : 8c perfonne n’ignore que la maniéré de tirer le fuc nourriffier des alimens efl differente en divers animaux -, que quelques-vns doivent diffoudre ce qu’ils man¬ gent, 8i que pour cela ils le mâchent premièrement, 8c le réduifent en fuite en liqueur dans leur eflomac -, que d’autres , qui avalent fans mâcher , ont vne chaleur 8c des efprits affez puiffans pour extraire le fuc dont ils ont befoin , fans brifer ce qui le contient , de même que l’on voit que le fuc des raifins fe tire auffi bien d’vn râpé où les grains de¬ meurent entiers , que d’vne cuve où ils font écachez.
Par ces obfervations nous crûmes n’avoir pas moins de fujet de douter de la vérité de la propofition , que les Anciens avoient avancée touchant la nourriture Aérienne du Caméléon , que nous en avions eu de rejetter celle qu’ils ont établie touchant le changement de couleur qu’ils ont dit lui arriver par l’attouchement des differentes chofes dont il approche, après avoir obfervé, qu’à la referve de la ^blancheur que noflre Caméléon prit dans vn linge, toutes les autres couleurs , dont il fe couvrit , ne lui vin¬ rent point des chofes qu’il touchoit. Et il efl raifonnable de croire , que la blancheur qu’il receut dans vn linge froid, où on le tint quelque temps caché fous vn manteau, efloit vn effet de la froideur qui le fait ordinairement pâlir, parce que ce jour-là efloit le plus froid de tous ceux pendant lefquels nous l’avons vu.
Et afin que les Phyficiens ceux qui étudient la Morale n’aient point regret aux beaux fujets d’exercer leur Philofophie, qu’ils croioient avoir trouvez dans les particu- laritez extraordinaires que les Anciens avoient laiffées par écrit fur les merveilles de la nourriture 8c du changement de couleur du Caméléon, nous croions que les nouvel¬ les obfervations du mouvement de fesYeux, 8c de celui de fa Langue, 8c de la manié¬ ré de changer de couleur félon fes paffions , ne font pas moins capables d’occuper leur efprit.
Car pour faire entendre que les flatteurs manquent de candeur , 8c que les efprits vains 8c ambitieux fè repaiffent de rien, il n’efl point neceffaire qu’il foit vrai que le Ca¬ méléon prend toutes les couleurs horfmis la blanche ,8c qu’il ne fe nourrit que de vent: 8c l’on pourra trouver autant de fujet de moralifer , mais avec plus de vérité , fur ce que Je Caméléon, qui efl fans Oreilles , 8c prefque fans mouvement dans la plufpart de fes parties , n’a de la promptitude qu’à la Langue à qui rien n’échape , 8c aux yeux qui veu¬ lent tout voir à la fois.
Les Phyficiens auront auffi beaucoup à travailler , avant qu’ils aient éclairci d’où vient la neceffitéque la Nature a impofée à tous les autres animaux de remuer les deux Yeux enfemble d’vne même façon. Car le Caméléon fait voir que ce n’efl: point la jonélion des nerfs Optiques qui fait cette neceffité,ainfi que plufieurs croient. Ils auront encore affez de peine à dire quelle vertu pouffe fi loin, 8c retire prefque en même temps cette Langue, 8c même à en trouver des exemples. Car le mouvement des mufcles, que l’on attribué à la differente pofition de leurs fibres qui les fait accourcir 8c alonger,n’a rien de proportionné à la vîteffe du mouvement de cette Langue , ni à la grandeur de l’ef- pace quelle parcourt. Car quand noflre main efl portée avec vîteffe par l’efpace de fept pouces , qui efl celui que nous avons remarqué que la Langue du Caméléon fait , lac- courciffement des mufcles qui font remuér la main , ne va jamais gueres que jufques à la longueur de deux lignes , c’eft à dire la quarantième partie de i’accourciffement de cette Langue. Et quoi qu’il y ait quelque apparence de dire qu elle efl pouffée , 8c s’il " ‘ M '
24 DESCRIPTION ANATOM1QVE D’UN CAMELEON.
faut dire ainfi , comme crachée par l’effort du vent dont les Poumons font enflez, & quelle eft retirée par le nerf qui eft au milieu de la Trompe, qui apres avoir efté alongé par cét effort , fait revenir en retournant à fon premier eftat, & retire foudainement la Langue : il y a cette difficulté, que cela ne fè pourroit faire fans beaucoup de bruit, &£ nous avons remarqué que cét élancement de Langue n’en produit point du tout.
Il y a encore vne chofo allez difficile à concevoir , qui efl; ce que devient cette lub- flance nerveufe qui emplit le milieu de la Trompe , à laquelle fa Langue eft atta¬ chée, & oii elle fe peut ranger quand elle fe retire dans la gueule. Car lors quelle y eft, la racine de la Langue touche prefque à l’extrémité du Stile cartilagineux , fur lequel , fuppofé que la membrane de la Trompe fe pliffe &c s’enfile , comme nous avons dit , ce nerf ne peut pas eftre enfilé de même, à caufe qu’il eft trop folide & trop compacte : ÔC cette folidité empêche aufli de croire qu’il fe rétrefliffe , & rentre comme en lui-même pour revenir de la longueur de fîx pouces qu’il a quand il eft étendu, à celle d’vue ligne à laquelle il eft réduit eftant raccourci.
On ne peut pas dire aufli qu’il fe recourbe comme le Col de la Tortue, lors qu elle retire la tefte dans fon écaille , parce que cette courbure fe fait à l’aide de divers muf- cles qui plient ce Col compofé de plufieurs Vertebres , &C que de tels organes ne fe trouvent point en la Langue du Caméléon. La Langue que le Piver lance aflêz loin hors de fon bec, a aufli des organes, dont la fubftance eft bien plus commode pour cette aétion, que n’eft celle de la Trompe du Caméléon : car ce font des mufcles fort longs, & repliez par deflus fa tefte , lefquels eftant des parties charnues , ont vne difpofition à s’alongerSê à s’accourcir, qui dans leur grande longueur peut produire vn alongement &C vn accourciffement confidérable. De forte qu’on peut dire, que cette aétion fi mer- veilleufe de la Langue du Caméléon a quelque rapport avec celle des cornes d’vn Li¬ maçon, & qu’vne fi grande longueur eft ainfi réduite prefque à rien en cette Trompe, par l’augmentation de là largeur , & par vne grande dilatation caufée par la puiffante &; fbudaine raréfaction du fàng noiraftre&groflier, qui paroift inégalement difperfé dans toute la longueur de la Trompe. Néantmoins cela n’explique point encore afifez la chofe , parce que fi la rarefaétion caufe la dilatation qui fait le raccourciffement , elle ne fçauroit produire en fuite l’alongement dans le même organe : &C il faut fuppofer que l’alongement vient de la rarefaétion qui fe fait dans l’vne des deux parties dont cette Trompe eft compofée , par exemple, dans le nerf qui eft au milieu, & que l’accourcif- fement arrive lors que la rarefaétion fe fait dans l’autre partie , à fçavoir dans la mem¬ brane qui eft au deflus , par le moien d’vne differente fituation des fibres dans l’vne & dans l’autre de ces parties ; ainfi qu’il y a apparence que l’alongement & l’accourciffe- ment de la Langue des autres animaux fe fait. Mais la groffeur &c la fubftance charnue des autres Langues font des difpofitions à faire ces aétions , qui manquent entièrement à celle du Caméléon, quoi qu’il les faffe fans comparaifon avec beaucoup plus de force; ce qui rend ce mouvement merveilleux , &c difficile à comprendre.
Mais fur tout, le changement de couleur arreftera long-temps les curieux avant que d’en avoir découvert la caufe, & de pouvoir déterminer s’il fe fait par Reflexion, com¬ me Solin eftime; ou par Suffufion, comme Seneque a penfé ; ou par le changement des difpofitions des particules qui compofent fà peau,fuivant la doétrine des Cartefiens. Il eft pourtant vrai que la Suffufion eft la plus aifée à comprendre, principalement à ceux qui auront obfervé que la peau du Caméléon a vne couleur naturelle, qui eft vn gris bleüaftre que l’on lui voit par l’envers quand elle eft écorchée-, que l’onenleve aifément grand nombre de petites pellicules de deflus chacune des éminences , qui font les feules parties de la peau qui changent de couleur-, &C que ces pellicules font feparées, ou aifé¬ ment feparables les vnes des autres , au lieu que celles qui compofent le refte de la peau font collées exaétement enfemble. Car ces chofes aiant efté remarquées, on trouvera quelque probabilité à croire que la bile, dont cét animal abonde, eftant portée à la peau par le mouvement des pallions, s’infinuë entre les pellicules, & que félon que la bile entre fous vne pellicule plus proche, ou plus éloignée de la fuperficie extérieure
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. 2 5
des éminences, elle les teint de jaune ou de verdaftre. Car on voit par expérience que le jaune mêlé avec le gris bleiïaftre fait vne efjDece de vert ; en forte qu’il n’eft pas diffici¬ le de concevoir que la même bile jaune répandue fous vne pellicule fort mince la faffe paroître jaune, &: qu’eftant fous vne peau plus épaiffe, elle mêle fon jaune avec le gris bleiiallre de cette peau, pour produire vu gris verdaftre, qui avec le jaune font les deux couleurs que le Caméléon prend quand il eft au Soleil, où il fe plailf : car lors qu’il eft émû par des chofes qui l’importunent , il n’eft pas étrange que l’humeur noire & adufte qui eft dans fon fang eftant portée à la peau, y produife les taches brunes qui y paroiftent quand il fe fâche ; de même que nous voions que nos vifages deviennent rouges, jaunes, ou livides, félon que les humeurs, qui font naturellement de ces diffé¬ rentes couleurs , y font portées. Par cette même raifbn , lors qu’vn mouvement contraire fait rentrer les humeurs , dont la peau eft ordinairement imbue , ou quelles fe diflipent en forte que d’autres ne fuccedent point en leur place , la peau devient blanche par la feparation des pellicules qui compofent les petites éminences-, car cette blancheur leur arrive de même qu’à noftre épiderme , lors qu’eftant deffe- ché , & feparé par petites lames dans la maladie appellée Tityriafs la peau blanchit ex¬ traordinairement,^ femble eftre frotée de farine. On pourra trouver quantité de telles raifons probables , avant que d’en avoir rencontré vne dont on puiffe démontrer la vente.
Mais pour finir nos Obfervations fur le Caméléon par quelque chofe de plus folide que n’eft cette Philofophie des couleurs , nous rapporterons les remarques que nous avons faites fur fes Os , dont nous gardons le Squelete , où nous avons remarqué beau¬ coup de particularitez confidérables.
Les Os qui compofoient le Crâne fembloient n’eftre faits que pour foûtenir les muf- cles Crotaphites qui empliffoient toute la tefte,tant au deffus qu’en dedans, d’ vne chair blanchaftre & fibreufe. Les trois creftes qui eftoient fur la telle s’affembloient en vne pointe vers le derrière. Deux de ces pointes qui couvrent les yeux comme des fourcils laiffoientde grands vuides, faifant chacune vne manière de lygovut . La principale cavité du Crâne confîftoit dans les Orbites ; car celle où le Cerveau eft contenu eftoit fans comparaifon plus petite. Ces deux Orbites eftoient ouvertes l’vne dans l’autre, en for¬ te que les yeux fe touchoient en dedans , ainfi qu’il fe voit en plufieurs oifeaux : ce que Pline a fort bien décrit , quand il a dit que les yeux du Caméléon font fort grands , &: peu feparez l’vn de l’autre. Car cette petite feparation ne fe peut pas entendre de celle qui eft à la face entre chaque œil , parce quelle eft tres-grande en tous les Caméléons-, cette petite diftance des yeux l’vn de l’autre en la face eftant propre à l’homme, de même que la grande eft particulière au Mouton, félon la remarque d’Ariftote.
Chaque moitié de la mâchoire inferieure eftoit compofée de deux os articulez par Diarthrofe , l’Apophyfe qui va de l’angle de la mâchoire au condyle qui s’articule avec l’os des temples , eftant vn os feparé.
L Epine du dos, comprenant la queue , avoit foixante & quatorze vertebres , deux au col , dix-huit au thorax , deux aux lombes , deux à l’os Sacrum , &C cinquante à la queue.
La première du col eftoit la feule qui avoit fon apophyte épineufê tournée en haut, & qui contre l’ordinaire eftoit receuë des deux cotez. Toutes les autres avoient dans leur corps vne cavité en leur partie fuperieure qui recevoit , dans l’inferieure vne telle qui eftoit receuë , &C qui faifoit vne efpece de ginglyme. Toutes en general avoient leurs fept apophyfes , excepté les vertebres de la queuë qui en avoient huit , à fçavoir deux cpineufes, vne plus grande, & vne autre deffous fort petite, avec les deux tranfverfes &c les quatre obliques , par le moien defquelles toutes les vertebres eftoient articulées , les apophyfes obliques fuperieures d’vne vertebre paflant fur les inferieures de la vertebre qui eft au deffus de foy.
Les Cotes que Gefner met au nombre de teize eftoient dix-huit de chaque côté , de trois efpeces, Les deux premières d’en haut n’alloient point jufqu’au Sternon, non
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2 6 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON»
plus que les trois dernières d’en bas. La troifiéme, la quatrième, la cinquième 8c la fixié- me y eftoient jointes par des appendices qui n’eftoient point cartilagineufes , mais de même fubflance que les Côtes -, 8c ces deux fortes de Côtes eftoient jointes enfemble par vn angle qu’elles faifoient , l’vne defcendant en bas , 8c l’autre remontant vers le Sternon. Les dix autres Côtes n’ètoient point attachées au Sternon *, mais chacune eftoit jointe à celle qui lui eft oppofée, par l’entremife d’vne appendice commune , 8c qui alloit de la Côte droite à la gauche , après s’eftre courbée au milieu de la poitrine èc du ventre.
Le Sternon eftoit compofé de quatre os, dont le premier eftoit fort large, 8c fait en forme de trefle.
Les Omoplates eftoient ft longues , quelles alloient depuis l’épine du dos jufques au Sternon , auquel elles fe joignoient fervant de Clavicules. Les os Innominez eftoient joints par les os Tubis à l’Qrdinaire ; mais l’Ifchion n’eftoit point fermement articulé au Sacrum par le moien d’vn cartilage : c’eftoit l’os des Iles qui y eftoit attaché par vn ligament lâche; en forte qu’il apparoift que ces os, de même que les Omoplates , ont vne ftruéture 8c vne liaifon tout-à-fait oppofée à celle qui fe trouve en tous les autres animaux , ou les Omoplates ne font point attachées au Tronc que par des liens fort lâches, à compa- raifon des os Innominez : 8c on a obfervé qu’au Caméléon les Omoplates font atta¬ chées fort ferrément au Tronc, ainft qu’il a efté dit; 8c les os Innominez au contraire font mobiles, de même que les Omoplates le font aux autres animaux.
Les os Innominez faifoient vn trou par devant de chaque côté , mais qui eftoit for¬ mé en partie par l’os Pubis en partie par l’Ifchion.
U Humérus qui s’articuloit avec l’Omoplate par ginglyme , ainft que le Fémur l’eft ordinairement avec le Tibia , avoit vne apophyfe proche de fa telle pareille à vn Trochanter ; 8c le Fémur , qui s’articuloit avec l’Ifchion par énarthrofe, n’avoit point de Trochanters.
Les Jambes tant de devant que de derrière eftoient pareilles , eftant compofées cha¬ cune de deux os qui reiTembloient mieux à vn Radius 8c à vn Cubitus qu’à vn Péroné' 8c à vn Tibia , parce qu’ils eftoient articulez tous deux au Fémur auftî bien qu’à l’ Humérus , 8c qu’ils eftoient capables l’vn 8c lautre de faire la Pronation 8 C la Supination.
Les pieds & les Mains, oüplûtoft les quatre Mains, eftoient aufli pareilles, 8c ne dif- feroient qu’en ce que les Pieds de devant avoient comme vn Carpe compofé de douze petits os , 8c ceux de derrière avoient quelque chofe qui reffembloit mieux à vn Tarfe, parce que les os eftoient plus grands que ceux qui fembloient faire le Carpe. Il n’y en avoit pourtant point qui euft affez de faillie en arriére pour former vn Talon ; ce qui pourroit eftre vne des caufes qui rendent le marcher du Caméléon ft tardif. Ces os du Tarfe eftoient au nombre de ftx. Il n’y avoit ni Métacarpe, ni Metatarfe; fi ce n’eft que l’on vouluft appeller ainft les deux premières Phalanges des doits,parce quelles eftoient jointes enfemble comme les os du Métacarpe, & du Metatarfe font ordinairement, n’y aiant que les dernieres Phalanges qui fuffent feparées , 8c qui paruffent des doits. Il y avoit encore cette différence entre les Pieds Sc les Mains , qu’aux pieds la partie qui a trois doits eftoit articulée au droit du plus gros os des deux qui font la jambe ; 8c au contraire aux mains elle eftoit oppofée au plus petit de ceux dont le bras eft com¬ pofé.
Après avoir fait ces remarques, on a obforvé que le Squelete 8c la Peau qu’on a gar¬ dée ont confervé quelque temps vne odeur forte, qui tiroit beaucoup fur celle de poif- fon qui commence à fe gafter ; 8c que cette mauvaife fenteur , à mefure que ces parties fe font deffechées, s’eft changée en vne odeur douce 8c agréable, qui approchoit beau¬ coup de celle de la racine d’iris 8c des fleurs de Violettes; 8c qu’enfin toute l’odeur s’eft perdue , quand le refte de l’humidité a efté confumée.
Pour ce qui eft de l’experience des vertus incroiables que la fuperftition des Anciens a attribuées au Caméléon, & dont Pline dit que Démocrite a fait vn livre entier , elles font ft extravagantes au jugement même de Pline , que nous nous fommes rapportez à
ce
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN CAMELEON. 27
ce qu’il en penfe : & fans éprouver fi nous pourrions exciter des tempeftes avec fa telle , ou gagner des procès avec fa langue , ou arrefler des rivières avec fa queue , &; faire les autres merveilles que l’on dit que Dèmocrite a laiflees par écrit ; nous nous fommes contentez de faire les expériences qui fembloient avoir quelque probabilité, ellant fondées fur la fympathie ôç fur l’antipathie , telle qu’efl celle que Solin dit dire fi grande entre le Corbeau & le Caméléon , qu’il meurt incontinent après avoir mangé de fa chair. La vérité ell qu’vn Corbeau donna quelques coups de bec à noflre Caméléon, quand on le lui prefenta mort; mais on lui en donna à manger plufieurs parties, & le cœur même, qu’il avala fans en dire incommodé.
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Explication de lafgure du Dromadaire.
IL eft reprefenté dans la figure d en bas en forte que Ion peut voir la hauteur de la Boffe qui! a fur le dos, qui eft faite pour la plus grande partie par vn long poil qui s’élève fe dreffe de lui-même. On voit auffi les quatre efpeces deCallofitez qui font aux parties fur lefquelles il s’appuie quand il eft couché ; à fçavoir les deux Callofitez des jambes de devant , celle de la cuifté , &: celle de la poitrine. Ses pieds font aufti le¬ vez en forte qu’ils laiflent voir vne partie de la plante.
Dans la wure den haut
A. Eft le premier & le plus grand des quatre Ventricules. r. VOefophage.
B. Le fécond V entricule.
C. Le troiftéme.
D. Le quatrième.
A. Le Pylore.
E F G H. La Langue.
H G. La partie qui esl afpre de dedans en dehors 3 d caufe de quantité' de petites éminences pointues. E F. Celle qui a de plus grandes éminences tournées di EG. Celle qui a aufti de grandes éminences 3 mais qui
E. Le centre des grandes éminences.
I. La Glande Pineale.
K. Le de fous du Pied , qui eft folide } & reveftu dlvne peau molle & délicate.
L. Le de fus 3 qui eft vn peu fendu.
M. La Verge.
N . U ouverture 3 qui eft le pafage du premier & grand Ventricule dans le ficond.
OOOO. Le fécond Ventricule coupé en quatre.
PP P P. Les ouvertures des facs , qui font entre les tuniques du fécond Ventricule.
i meme gens que tes petites.
font tournées a l’oppofte des petites.
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DESCRIPTION ANATOMIQ-UE
D'UN DROMADAIRE
NOus appelions Dromadaire FAnimal qui eft ici décrit , quoi que l’vfage com¬ mun {bit de donner le nom de Chameau Amplement à celui qui comme lui n’a qu’vne BoiTe fur le dos , 5c de Dromadaire à celui qui en a deux , fuivant Solin , mais contre ce qu’Ariflote, 5c Pline ,5c la plufpart des auteurs en ont écrit , qui font deux efpeces deChameaux:dont l’vn,qui retient le nom du genre, a deux Boffes, & fe trou¬ ve plus ordinairement aux parties Orientales de l’Alie , 5c eft appellé à caule de cela Bafîrianus ; il eft aufti plus grand 5c plus propre à porter de lourds fardeaux : l’autre , qui eft plus petit, 5c meilleur pour la courfe , 5c qui pour cette raifon eft appellé Droma¬ daire , n’a qu’vne Bofle , 5c fe voit plus communément aux parties Occidentales de l’Afie , à fçavoir dans la Syrie 5c dans l’Arabie. Le Sieur Dipi Arabe, qui eftoit prefent à noftre diffeélion, nous dit que les Chameaux de fon pais font femblables au noftre.
Il avoit fept pieds 5c demi de haut, à prendre du fommet de la telle jufques aux pieds; cinq 5c demi depuis la plus haute courbure de l’épine du dos, qui eft la Bofle; ftx pieds 5e demi depuis l’eftomac jufques à la queue, dont tous les Nœuds ou Vertebres avoient enfemble quatorze pouces ; Ôe toute la queue comprenant le crin , deux pieds 5c demi. La telle avoit vingt 5c vn pouces depuis l’Occiput jufques au Mufeau.
Le poil eftoit d’vn fauve vn peu cendré. 11 eftoit fort doux au toucher , médiocre¬ ment court, Ôc quelque peu plus qu’à vn Bœuf, à la referve de quelques endroits, où il eftoit plus long, comme fur la telle, au deflous de la gorge, & au devant du col. Mais le plus long eftoit fur le milieu du dos, où il avoit prés d’vn pied. En cét endroit, quoi qu’il foit fort doux 5c fort mol , il fe tenoit élevé , en forte qù’il faifoit la plus grande partie de la Bofle du dos , lequel lors que l’on abaifloit ce poil avec la main , ne paroif- foit gueres plus élevé qu’à d’aucuns Chiens ou Pourceaux , qui font des Animaux qui n’ont pas le dos enfoncé comme les Chevaux , les Vaches ôc les Cerfs l’ont ordinaire¬ ment. Et en effet, il y a des auteurs qui difent que le Dromadaire eft engendré du Cha¬ meau 5e du Pourceau. Cela eft fort contraire à Ariftote , qui affûte qu’il n’y a point d’ Animal qui ait le dos boflù comme le Chameau. Quelques auteurs difent que cette Bofle eft vne chair particulière à cét animal, laquelle s’élève fur le dos pardeffus les Verte¬ bres, & qui fe confirme, lors qu’aprés avoir efté long-temps fans manger, il s’amaigrit ex¬ traordinairement. Mais nous n’avons trouvé aucune apparence de cette chair dans noftre fujet, quoi qu’il ne fuft point maigre; 5c fans cette chair la Bofle, qui n’étoit faite que par le poil, eftoit beaucoup élevée, ainfî qu’il fe voit dans la Figure.
Outre ces deux fortes de poil , à fçavoir ce long qui eftoit fur le dos , fur la telle 5c au col,5c le court qui couvroit le relie du corps , il y en avoit encore d’vne troifiéme efpeceà la Queue, qui eftoit different des autres, tant en groffeur qu’en couleur , ellant gris ôc fort dur , 5c tout - à - fait femblable au crin de la queue d’vn Cheval.
La Telle eftoit petite, à proportion du corps. Le Mufeau eftoit fendu comme à vn Lièvre , ÔC les dents femblables à celles des autres animaux qui ruminent , n’aiant point de Canines ny dlncilives en la Mâchoire d’en haut, quoi que la telle n’ait point les cornes que la Nature a données à la plufpart de ceux qui ruminent. Cardan dit qu’elle a récompenfé ce deffaut du Chameau , en lui armant les pieds , qui ont des ta¬ lons comme ceux des Bœufs, au rapport de Pline : mais cela ne fe trouve point , car il n’a ni corne ni ongle aux pieds qui lespuiflent rendre dangereux, chaque pied n’eftant garni que de deux petits ongles par le bout , 5c -le deflous , qui eft plat 5c large , ellant fort charnu, 5c revellu feulement d’vne peau molle, épaiffe , 5c peu calleufe, mais affez propre à marcher en des lieux fablonneux, tels qu’ils font en Afie 5c en Afrique. Nous jugeâmes que çette peau eftoit comme vne femelle vivante , qui ne s’vfe point par la yîteffe 5c par la continuité du marcher , pour lequel cét animal eft prefque infatigable :
P
30 DESCRIPTION ANATOMIQJJE D’UN DROMADAIRE, car quand Ariftote dit que l’on eft contraint quelquefois de chauffer St de munir com¬ me avec des bottes les pieds de ceux qui font dans les armées , il femble que ce foit moins pour les foulager des incommoditez quils fouffrent en marchant , que pour les défendre des bleffures qu’ils pourroient recevoir à la guerre. Et l’on peut dire que cette molleffe de pied qui obéît St s’accommode à l’inégalité des chemins , lui rend les pieds moins capables d ’eftre vfez , que s’ils eftoient plus folides , quoi que Pline croie qu’il n’eft pas poffible que les Chameaux puiffent faire de longues traites s’ils ne font chauf¬ fez. Ses Genoux calleux font beaucoup plus durs , St approchent davantage de la foli- dité de la corne du pied des autres animaux.
Ariftote a remarqué d’autres particularitez dans le pied du Chameau que nous n’y avons point trouvées. Il dit qu’il eft fendu en deux par derrière , St en quatre par de¬ vant, St que les entredeux font joints par vne peau comme les pieds d’vne Oye: ce qui ne s’eft point trouvé dans le noftre , dont le pied eftoit feulement fendu par deftus , à quatre St cinq doits prés de l’extrémité ; St cette fente n’eftoit point jointe par vne peau -, mais au deftous de cette fente, qui eft peu profonde, le pied eftoit folide.
Les Callofîtez des genoux eftoient au nombre de fix ; à fçavoir vne à chacune des jointures des jambes de devant, la première St la plus haute eftanten arriére, à la partie qui eft proprement le coude-, St la fécondé en devant, St plus bas à la jointure qui repre- fente le pli du poignet. Chaque jambe de derrière en avoit aufli vne en la première St plus haute jointure, qui eft celle de devant , St qui eft le véritable Genou.
Ariftote, qui n’a remarqué que quatre de ces Callofîtez , qu’il appelle Genoux, St qui reprend fans fujet vn ancien Auteur , qui eft Hérodote , d’en avoir mis fix, ajoûte en¬ core vne chofe plus étrange , qui eft de dire que le Chameau ne plie fes jambes qu’en ces quatre endroits : car la vérité eft qu’il les plie en huit endroits , comme le refte des autres animaux à quatre pieds, St qu’il n’y a que les deux plis qui tiennent lieu de talon aux jambes de derrière,' qui n’ont point de Callofîtez.
Ayant fait ouverture d’e ces Callofîtez, pour obferverleur fubftance qui eft moyenne entre la chair, la graiffe,St le ligament, nous trouvâmes qu’en quelques-vnes il y avoit vn amas de pus allez épais : ce qui nous fît fonger à ce que quelques Auteurs difent,que les Chameaux font fujets aux Gouttes ; St nous jugeâmes qu’il fe pouvoit faire que noftre Dromadaire euft efté atteint de cette maladie, qui s’eftoit terminée par vne fuppuration.
Outre ces fîx Callofîtez, il y en avoit vne fèptiéme beaucoup plus groffe que les au¬ tres , au bas de la poitrine, fermement attachée au Sternon , qui avoit vne éminence en cét endroit. Elle avoit huit pouces de long, fîx de large , St deux d’épais. Elle avoit auffi beaucoup fuppuré-, St on jugea que cette partie n’eftoit pas moins fufcêptible de la Goutte que les Articles, parce que fon vfage eftant de foûtenir foule tout le corps, pen¬ dant que l’on le charge eftant couché contre terre , ce travail peut rendre cette partie capable de la foibleffe St de la chaleur qui attirent les humeurs fur les articles , St quf empêchent qu’ils ne les puiffent digerer St refoudre. La grande Sobriété qui eft remarqua¬ ble dans le Chameau, St la Fatigue incroiable qu’il fouffre ordinairement , font voir que les grands Trauaux peuvent produire la Goutte aufti bien que l’Oifiveté St la Débauche.
Avant que de faire ouverture pour obferver les parties du dedans , nous remarqu⬠mes que le Prépuce, qui eft fort grand St affez lâche, ne couvre pas feulement l’extré¬ mité de la Verge, mais qu’il fe recourbe en arriére : ce qui peut avoir donné lieu à l’o¬ pinion de ceux qui ont crû que le Chameau jettoit' fon vrine en arriére , comme le Lion, le Caftor , le Lièvre , Stc. dont la Verge ne fe recourbe point en devant.
LEs parties internes font affez fomblables à celles du Cheval. Le Foye avoit trois Lobes, deux fort grands, au milieu St au deffous defquels il y en avoit vn qui eftoit plus petit St pointu. Le ligament qui tient le Foye fufpendu n’eftoit pas attaché au Cartilage Xiphoï- de, mais au centre du Diaphragme, fur lequel la membrane du Péritoine qui le couvroit, avoit vnluftrequi le faifoit paroiftre comme doré partout. Le Fiel n’eftoit point contenu dans vne Vefîcule, mais épandu par le Foye, dans les canaux Cholidoques Hépatiques.
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DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN DROMADAIRE. 31
Le Ventricule, qui eftoit fort grand, & partagé en quatre, comme aux autres animaux qui ruminent , n’avoit point cette differente ftruélure , que l’on obferv'e au dedans des quatre Ventricules, appeliez par Ariftote, Ko/aA, E^yoç, Ki*fv<pdLtoç&CHvvçfov. Ils eftoient feulement diftinguez par quelques rétreffiffemens , qui faifoient que le premier Ventricule, qui eft grand & vafte , en produifoit vn autre fort petit, qui eftoit fuivi d’vn troifiéme moins large que le premier, mais beaucoup plus long; & celui-là eftoit fuivi dVn qua¬ trième femblable au fécond.
Il y avoir au haut du fécond Ventricule plufieurs ouvertures quarrées , qui eftoient l’entrée d’environ vingt cavitez, faites comme des facs placez entre les deux membra¬ nes, qui compofent la fubftance de ce Ventricule. La veuë de ces facs nous fit croire qu’ils pourroient bien eftre les Refervoirs ou Pline dit que les Chameaux gardent fort long-temps l’eau qu’ils boivent en grande quantité quand iis en rencontrent, pour fub- venir aux befoins qu’ils en peuvent avoir dans lesdefèrts arides où l’on a accoutumé de les faire paffer, & où l’on dit que ceux qui les conduifent font quelquefois contraints par l’extrémité de la foif, de leur ouvrir le ventre, dans lequel ils trouvent de l’eau. Il y a aufîi quelque raifon de dire que l’inftinél qu’Ariftote & Pline ont remarqué avoir efté donné par la Nature à cét animal, de troubler toujours avec fes pieds l’eau qu’il veut boire, pourroit bien eftre afin de la rendre moins legere, & par confeqnent moins propre à paffer promptement dans fon eftomach, & plus capable d’y eftre long-temps gardée.
Les Inteftins eftoient de quatre efpeces. Les premiers à la fortie du quatrième Ven¬ tricule eftoient de moyenne groffeur: ilsavoient fix pieds de long. Les féconds eftoient comme fraifez , & raccourcis par plufieurs plis , comme le Colon l’eft ordinairement par le moyen d’vn ligament qui le plifle, & qui fait qu’il eft divife comme en plufieurs cellules. Ces féconds eftoient aufti d’vne groffeur moyenne, & avoient vingt pieds de long. Les troifiémes eftoient les plus gros, qui avoient dix pieds de long. Les derniers, qui eftoient les plus menus, avoient cinquante-fix pieds de long; le tout faifant onze toifes: & on en auroit trouvé plus de treize, fi on avoir déplié ceux qui eftoient fraifez & raccourcis.
LaRatte eftoit couchée fur le Rein gauche. Elle avoir neuf pouces de long fur qua¬ tre de large, &demi pouce d’épaiffeur.
La Verge , dont on dit que l’on fait des cordes d’arc, avoir dix -neuf pouces de long. Elle eftoit fort pointue par le bout, qui fe courboit , & faifoit comme vn crochet d’vne fubftance cartilagineufe , fans aucune apparence de Balanzis. L’extrémité de l’Urethre eftoit vne membrane fort mince.
Les Poumons n’avoient qu’vn Lobe de chaque coté. Le Cœur eftoit d’vne grandeur extraordinaire, aiant neuf pouces de long fur fept de large. Il eftoit fort pointu.
La ftruélure de la Langue eftoit allez remarquable , en ce qu’au contraire de toutes les Langues, qui font par tout afpres de dedans en dehors, par le moien de quantité de petites éminences qui tendent de dehors en dedans; vne partie de cette Langue-ci les avoit de dedans en dehors. Car la moitié vers l’extrémité qui eftoit fort mince , eftoit afpre à l’ordinaire de dedans en dehors ; mais l’autre moitié proche de la racine qui eftoit fort epaiffe, avoit vers le milieu vn petit rond , comme vn centre entre plufieurs éminences qui couvraient toute cette fécondé moitié de la Langue, & dont les pointes eftoient toutes détournées de ce centre , faifant vne afpreté lors que l’on les touchoit en allant vers ce centre. Parmi ces éminences il y en avoit d’autres difpofées en deux rangs, en ligne droite, cinq a chaque rang, qui eftoient comme des nombrils , formez par des plis tournez en rond d’vne ftruélure fort délicate. La figure explique cela plus clairement que le difcours.
Tout le Cerveau , comprenant le Cervelet , n’avoit que fix pouces & demi de long fur quatre de large. Le Nerf Optique eftoit percé fuivant fa longueur de quantité de trous pleins de fang. Les apophyfesMammillaires eftoient fort grandes, &creufes, aiant chacune deux conduits, dont 1 vn paroiffoit rond, 6 C l’autre en croifîant, par la feélion tranfverfale. La Glande Pineaîe eftoit de la groffeur d’vne petite aveline , & comme çompofee de trois autres Glandes, qui laifloient vne enfoncure au milieu.
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D Ans la Figure d’en bas l’Ours eft reprefenté en deux manières 5 à fçavoir , avec fa peau d’vn côté, 8c fans peau de l’autre-, pour faire voir plus diftinètement la forme de fon corps, qui eft remarquable principalement en fes Jambes de derrière.
Dans la figure d’en haut
A B C. EU la Patte droite de devant.
B. En petit Doit qui efi d la place du Pouce .
A. En gros Doit qui eft a la place du petit.
G; Ène Caüofité au Poignet , qui fait comme vn Talon.
DEF. La Patte droite de derrière.
E. rÜn petit Orteil qui eft a la place du gros.
D. En gros Orteil qui ejl a la place du petit.
F. Le Talon couvert de poil.
H I. Les deux Ventricules.
H. EOefophage.
I. Le Pylore. >
KL. Le Rein droit.
M M. L’Eretere.
N. N. La Veine Emulgente. *
O O. E Art ere Emulgente.
P Q. Le méfirne Rein retourné de l'autre côté, & dont vne partie des petits Reins a efté ôtée , pour faire Voir au dedans la difrihution des vaijfeaux Emulgens & des E référés.
RSTT. En des petits Reins coupé par la moitié.
R. E Artere Emulgente d’vn des petits Reins .
S. La Veine émulgente d’vn des petits Reins.
T T. L’Eretere d’vn des petits Reins coupé en deux félon fa longueur.
Y V. Les Mammelons.
YYY Y. Les moitié z, des Bafinets.
X X. De petits Sinus qui font dans les Baf inets d cofiè des JVLammclons •
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DESCRIPTION ANATOMIQUE
D'UN OURS
LA grandeur 5c lepaiffeur du poil dans lequel tout le corps de l'Ours eft caché de telle forte qu’il ne femble eftre qu vne malle qui n a prefque aucune apparence d’animal, l’a fait appeller avec raifon Informe par Virgile -, mais il n’y a perfonne qui ne le trouve tout-à-fait difforme , lors que la peau lui eftant ôtée, fa véritable figure fe peut voir fans empêchement. Cette difformité, de même que celle du Singe, qui eft eftimé la plus laide de toutes les belles, eft fondée fur la reffemblance mai prife qu’ils ont 1 Vn 5c l’autre avec le plus beau de tous les animaux, par la réglé generale ,5c toujours véritable, que la dépravation des chofes les plus parfaites eft la pire.
Ce qui rend le corps de l’homme admirable , félon l’opinion de Galien , eft la ftru- ôlure des Pieds 5c des Mains, laquelle diftingue fon corps d’avec celui des autres Ani- maux, de même que le raifonnement fait la différence des âmes. Cette ftruôture eft tout-à-fait extravagante dans l’Ours, en ce qu’aiant quelque chofe qui approche en ap¬ parence de ce qui fait la perfection de ces organes, il fe trouve qu’en effet ce qui eft le plus important dans leur conformation , eft dépravé, ou manque tout-à-fait dans l’Ours. Galien remarque deux chofes qui font principalement neceffaires pour la commodité de l’vfage de ces parties -, à fçavoir dans la Main que fes cinq doits foient generalement divifez en deux parties, y en aiant quatre joints enfemble qui font comme d’vne même efpece , 5c vn cinquième à part , qui en eft ainfi feparé pour fervir à l’adion principale de la main qui eft de prendre -, 5i dans le Pied. , qu’il foit compofé du Talon d’v.ne part, Sc des cinq doits qui lui font oppofez de l’autre, comme les quatre de la Main font op- pofez au pouce, pour rendre le marcher plus affûré , 5c plus ferme par la differente ap¬ plication de ces deux parties à la figure des chofes fur lefquelles on marche.
Pline, qui a parlé de la reffemblance que les Pieds 5c les Mains de l’Ours ont avec ces parties de l’homme, ne l’a pas bien entendue, la faifant confifter dans la pofition des coudes 5c des genoux, qu’il dit eftre au Singe 5c en l’Ours comme en l’homme, 5c au contraire des autres animaux, qui ont les genoux en arriére 5c les coudes en devant. Car la vérité eft que tous les Animaux ont ces parties tournées d’vne même façon, quoi qu’en dife Ariftote ; 5c que ce qui fait que l’on y trouve de la différence, vient de ce que l’on prend aux brutes les Talons pour les Genoux , 5c le Poignet pour le Coude-, parce que l’os qui fait le Talon de l’homme , eft tellement alongé aux brutes qu’il eft pris pour la Jambe, 5c que le Poignet , qui en l’homme eft compofé d’vn amas de huit petits os prefque ronds , que l’on appelle le Carpe , a dans la plufpart des brutes vn de ces os fort long, 5c que l’on prend pour la Jambe de devant, quoi qu’il ne foit propre¬ ment qu’vn des os du Carpe. De forte que les Jambes 5c les Bras de l’Ours font feule¬ ment en cela comme en l’homme, qu’ils font charnus, quoi qu’Ariftote dife qu’il n’y a que l’homme qui les ait ainfi; que l’os du Talon eft court, 5c qu’il forme vne partie de la plante du Pied-, qu’il y a cinq Orteils amaffez enfemble, 5c oppofez auTalon-, 5c que fa Main a aufii les os du Carpe prefque égaux, 5c ramaffez comme nous : mais il n’a point en là main de Pouce fêparé des quatre autres .doits , 5c le plus gros des cinq qui compofent la Main, 5c qui n’a que cette groffeur qui le puiffe faire paffer pour vn Pou¬ ce , eft placé tout au contraire qu’en l’homme , eftant au dehors 5c à la place du petit doit, de même qu’au pied où le plus gros Orteil eft auffi en dehors. Pour ce qui eft du pied il ne pofe point d’ordinaire fur le Talon, qui à caufe de cela eft couvert de poil de même que la jambe , &C n’a point les Callofitez, ni ce genre de peau particulière qui munit la plante du Pied , 5c qui marque les endroits fur lefquels il pofe en marchant. Au contraire , fa Main a comme vn Talon , cette Callofité qui eft en la paume de la Main, eftant interrompue par la peau peluë , pour recommencer vn peu plus haut vne
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34 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS.
autre Callofité. Enfin les doits de la main font aufli tres-mal formez , 8c mal propres pour leurs vfages, eflant gros , courts 8c ferrez Tvn contre l’autre comme aux pieds.
La fubftance de ces parties n’eft pas moins particulière , ni moins remarquable que leur ftruéture. Pline & Plutarque rapportent que ,'c’éft vn manger excellent -, 8c Mi¬ chaël Herus dit qu’en Allemagne elles font encore à prefent refervëes pour la table des Princes , à qui on fert des pattes d’Ours falées 8c enfumées. Nous remarquâmes que cette fubftance bonne à manger doit eflre vn ligament graifieux , fort blanc 8c fort dé¬ licat, épais environ de deux doits , qui occupe le dedans des pieds 8c des mains -, 8c on peut douter , s’il n’y a point d’apparence qu’il puiiTe fortir quelque humidité de cette partie , qui ait donné lieu à Elian 8c à Pline , de dire que l’Ours vit quarante jours en léchant feulement fon pied droit.
Les Ongles de deux Ours que nous avons diffequez, efhoient attachez à la derniere Phalange des doits de la même maniéré qu’au Lion , aiant par la ftruéture particulière de cét article, que nous avons décrit dans le Lion , la faculté de tenir fes Ongles élevez en marchant pour en conferver les pointes ; mais il paroifïbit que nos Ours avoient né¬ gligé de fe fervir de cette faculté , parce que leurs Ongles eftoient vfez jufques à prés de la moitié. Ils eftoient noirs 8c bien moins grands qu’au Lion, à ce que l’on pouvoit ju¬ ger par ce qui en reftoit. La manière dont ces Ongles eftoient vfez , faifoit voir que leur fubftance eft bien differente de celle du Lion. Car dans les Lions que nous avons dif¬ fequez les Ongles eftoient aufti quelque peu vfez en vne patte, mais de la même forte que du bois fibreux feroit vfé; au lieu que ceux des Ours l’eftoient comme du fer :c’eft à dire, que les Ongles du Lion font compofez de fibres feparables, à caufe qu’ils font d’vne fubftance heterogene; 8c que les Ongles de l’Ours font d’vne fubftance plus égale 8c plus compaéle.
Les Dents eftoient femblables à celles du Lion, fi ce n’eft qu’elles eftoient beaucoup plus petites. C’eft pourquoi on dit qu’il n’emploie que fes pattes pour rompre les filets, 8c pour déchirer les toiles des Chafteurs , parce que la grofleur 8ë l’épaiffeur de fes lè¬ vres l’empêche de fe fervir de fes Dents. Ces lèvres ont aufti vne figure aftez extraordi¬ naire, celles d’en bas eftant repliées 8c découpées au droit des deux coins en forme d’vne crefte de Cocq.
La longueur de tout le Corps eftoit depuis le bout du mufeau jufques à l’extrémité des orteils, de huit pieds trois pouces -, de cinq pieds 8c demi jufques au commence¬ ment de la queue, qui eftoit de cinq pouces-, & d’vn pied cinq pouces jufques à l’occi¬ put, qui eftoit plat,8c faifoit vn angle avec les os du finciput au droit de la future Lam- doïde , au milieu de laquelle aboutiftoit vne crefte élevée comme celle d’vn cafque, mais beaucoup moins haute qu’au Lion, 8c d’ou le mufcle Crotaphite, qui couvroit pareillement la tefte , prenoit aufti fon origine , eftant toutesfois beaucoup moins charnu.
Le Thorax eftoit plus large qu’au Lion, 8c aufti fort long , eftant compofé de qua¬ torze côtes. Le col n’eftoit pas court , à proportion de fa largeur comme au Pourceau, ainfi que difent les auteurs -, car il n’avoit que fept pouces de large fur neuf de long : la grande épaifleur du poil qui environne 8c qui élargit ce col , eft ce qui le fait paroiftre court.
L’Os de la Cuifle eftoit plus long à proportion qu’il n’eft ordinairement aux brutes, 8c il eftoit articulé avec celui d£ la Jambe par le moyen d’vne Rotule, que quelques auteurs difent ne fe trouver qu’en l’homme.
La peau qui eftoit fort dure 8c fort épaifle fur le dos , fut trouvée mince 8c délicate fous le ventre. Le poil eftoit bien moins rude qu’au Lion 8c qu’au Sanglier , tenant en quelque façon de la laine , plus crefpé qu’en la Chèvre , 8c beaucoup moins qu’au Mouton.
Pour ce qui eft des parties du dedans du Corps, l’Epiploon eftoit aftez grand, mais fort maigre , de même que tout le refte du Corps , qui n’avoit ni dehors ni dedans au¬ cune graifte : ce qui devoir eftre vn effet de la maladie dont il eftoit mort, la conftitu-
tion
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS, 3?
don naturelle de l’animal eftant d’eftre fort gras, 6c l’Hyver eftant la fiiifon en laquelle il s’engraiffe davantage.
Le Foye eftoit fort grand, 6c divifé en fept Lobes, dont il y en avoit vn bien plus pe¬ tit que les autres. La Veficule du Fiel n eftoit pas la moitié fl grande qu’au Lion ; il y avoit pourtant beaucoup de bile épanche'e fur les membranes des parties d’alentour.
L’Oelbphage qui n’avoit pas plus de quatorze lignes de diamètre , 6c ne s’élargifloit point vers l’orifice fuperieur du Ventricule, eftoit fort charnu en dehors jufques au Ven¬ tricule , lequel eftoit extraordinairement petit , quoi qu’Ariftote allure que l’Ours l’a fort grand de même que le pourceau. Ce qu’il a dit peut - eftre , avec tout le relie des Auteurs , parce qu’ils ont crû que l’Ours eftant grand mangeur , il devoit avoir vn grand Ventricule. En nos fujets il n’avoit pas vn pied de long,ôt fa plus grande lar¬ geur qui eftoit vers le haut , n’eftoit que de fix pouces , 6c de deux 6c demi vers le mi¬ lieu, ou il fe rétreflilfoit pour s’élargir en vn fécond Ventricule d’environ trois pouces 6c demi , qui fe relevoit vers le Pylore. Le fond de l’vn 6c de l’autre Ventricule eftoit dur 6c épais de trois lignes, 6c de cinq vers le Pylore , qui eftoit encore plus dur. Leur membrane interne n’eftoit pas égale comme elle eft ordinairement, à la referve de cette legere alpreté que l’on appelle le Velouté ; mais elle eftoit en quelque façon femblable à celle des Ventricules des animaux qui ruminent, à caufe de plufîeurs éminences qu’elle avoit , pareilles à celles qui font le ILeùculum 6c 1 ’Echmos , fl ce n’eft que ces éminen¬ ces n’avoient pas dans leur figure la régularité qui fe voit aux animaux qui ruminent.
A l’égard des Inteftins , on peut dire qu’il n’y en avoit qu’vn feul , parce qu’on n’y voioit point la diftindion qui fe remarque en la plufpart des animaux, par la différence de leur couleur, de leur fubftance , 6c de leur groffeur. Il n’y avoit auftî aucune appa¬ rence de Cæcum ni de fon appendice, non plus que de replis, ni de cellules au Colon. Ils avoient en tout quarante pieds de long. Ceux du Lion n’en avoient que vingt-cinq. Cette vniformité dînteftins peut avoir elle caufe de faire mettre à Theodorus Gaza , dans la tradudion du texte d’Ariftote, où il eft parlé des Inteftins de l’Ours , le flngulier Inteftinum pour le plurier ’afnçc/L • & il y a apparence que cette particularité eftoit incon¬ nue à Scaliger, quand il a repris Theodorus d’avoir pris cette liberté.
La Ratte eftoit petite 6c mince , n’aiant pas plus de fix pouces de long fur deux de large, 6c moins d’vn pouce d’épaiffeur.
La ftrudure des Reins nous fembla tout- à- fait particulière. Leur figure eftoit fort longue. Ils avoient cinq pouces 6c demi de long fur deux 6c demi de large. La membrane Adipeufe , qui eftoit fans graiffe , aiant efté oftée , on trouva vne au¬ tre membrane fort dure 6c fort épaiffe , qui n’eftoit point la membrane propre at¬ tachée au Parenchyme, mais vne membrane qui comme vn fac contenoit cinquante- fix petits Reins , car on peut ainfi appeller autant de Parenchymes feparez aduel- lement les vns des autres , couverts de leur membrane propre , 6c liez enfemble en quelques endroits par des fibres 6c par des membranes fort déliées, qui eftoient pro¬ duites de cellequi les envelope tous en maniéré de fac. Cette connexion eftoit principalement des petits Reins, qui font en la partie Cave de tout cét amas de Reins; car vers la partie Gibbe, ils n’eftoient point liez enfemble.
La figure de chaque petit Rein eftoit d’avoir vne baze large en dehors, 6c de s ’étreftîr vers le dedans de tout le Rein, où ils eftoient attachez comme les grains d’vne grappe de raifin. Cette baze eftoit en d’aucuns Hexagone , en la plulpart Pentagone , en quel- ques-vns quarrée. Ils eftoient aulli differens en groffeur ? mais en la plus grande partie la groffeur eftoit d’vne moienne chaftaigne , en quelques-vns d’vne petite noifette. Cét amas reprefentoit affez bien vne pomme de Pin quand elle eft meure.
Chacun de ces petits Reins eftoit attaché comme par vne queue compofée de trois fortes de vaiffeaux,qui font les rameaux des deux Emulgentes 6c de l’Uretere, lefquels entroient par la pointe du petit Rein , qui faifoit vne enfonçure pour les recevoir, de même qu’vne pomme reçoit fa queue, à la manière ordinaire* des grands Reins. Ces ra¬ meaux eftoient dilpofez en forte que celui de l’Artere eftoit au milieu de celui de la
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l6 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS.
Veine &C de celui de FUretere, ainfi que Riolan Fa remarqué , qui croit que ces vaif- feaux font ainfi fituez , afin que FArtere frapant fur FUretere, faffe inceffamment couler Fvrine par fon battement continuel.
Les troncs de la Veine tk de FArtere émulgente , qui n’eftoient pas plus gros qu vne plume à écrire, fe divifoient chacun en deux rameaux , & en fuite en plufieurs autres, jufques à en fournir vn à chaque petit Rein, quoi qu’il y en euft quelquefois deux qui fembloient eflre attachez comme à vne feule queue: mais cela paroiffoit ainfi , à caufe que les deux rameaux qui les attachoient entroient dans le petit Rein immédiatement après la divifion. Ces rameaux penetroient peu avant , & fe perdoient dans le Paren¬ chyme , en forte que la cavité notable que le vaiffeau avoithors le petit Rein ne paroif¬ foit plus, foit que cela arrivait par la divifion prefque infinie, & par confequent imper¬ ceptible , qui fe fait en de petits rameaux qui fedifperfent par le Parenchyme, comme Laurentius Bellius eftime quil arrive aux émulgentes des Reins de l’homme -, foit qu’en effet ces vaiffeaux ne paffent pas plus avant , fuivant l’opinion d’Higmorus , & que la fubftance fpongieufe du Parenchyme boive tk filtre à Fabord le fang de FArtere , pour le rendre à la Veine pur,&: feparé de fa ferofité, qui coule parles Mammelons dans les Baffinets de FUretere , de même que le petit lait , lors que le fromage fe caille , laiffe la partie butyreufe , & paffe au travers delà caféeufe -, & de même que la leffive qui efl verfée au haut du cuvier fort par le trou d’en bas , après avoir pénétré le lin¬ ge, fans qu’il y ait aucuns canaux qui Fy conduifent.
La conformation de FUretere eftoit differente de celle des vaiffeaux émulgens: car quelque peu après fon entrée dans la membrane, qui comme vn fàc enfermoit tous les petits Reins, il s’élargiffoit, &fa groffeur, qui effoit d’vne plume à écrire, venoit à éga¬ ler celle d’vn doit. Il fe divifoit en fuite en deux rameaux de cette même groffeur, lef- quels en produifoient d’autres moindres , qui en fourniffoient vn plus petit à chaque petit Rein. Ce dernier rameau furpaffoit pourtant en groffeur les rameaux de la Veine tk de FArtere émulgente, qui entroient avec lui dans le petit Rein, & il paffoit plus avant , tk jufques à prés de la moitié , auquel lieu il fe divifoit en deux , tk quel¬ quefois en trois branches. Chacune de ces branches s’élargiffoit vn peu, &formoit en fon extrémité vn Baffinet , qui eftoit prefque rempli d’vne Caruncule en forme de Mammelon -, & à côté de cette Caruncule le Baffinet paroiffoit percé de trois ou quatre trous , qui n’eftoient que des finuofitez formées par la membrane du Baffinet , laquelle fe replioit en dedans , faifânt comme d’autres plus petits Baffinets capables de recevoir feulement la tefte d’vne épingle. Ces Mammelons, qui n’a- voient que la groffeur d’vn grain de blé , égaloient par leur nombre celle des Mam¬ melons des Reins de Bœuf, qui font gros comme le bout du doit , mais qui. ne font qu’au nombre de neuf ou dix, au lieu qu’il y en avoit plus de cent en cha¬ cun des Reins de nos Ours. Et il femble que Bartholin n’avoit pas examiné cela , quand il a écrit que le Rein de l’Ours eft femblable à ceux du Bœuf, des enfans nouveaux nez , & d’vn Marfouïn qu’il a diffequé en prefence du Roy de Danne- marc : car ces Reins, dont parle Bartholin, & aufquels il compare ceux de l’Ours, ont feulement des fentes en leur fuperficie , qui les font paroiftre à Fabord femblables à ceux de l’Ours , quoy qu’en effet ils n’ayent qu’vn Parenchyme fèul & continu , ces fentes ne pénétrant que fort peu avant-, au lieu que les cinquante-fix petits Reins de l’Ours eftoient actuellement divifez , & avoient chacun toutes les parties dont les grands Reins font compofez.
Il faut auffi que ceux qui, comme Pline, ont dit que la Verge de l’Ours, fî-toft qu’il eft mort , s’endurcit comme de la corne , n’aient pas bien examiné la chofè , tk qu’ils n’aient eû ni lahardieffe de s’éclaircir quelle eft la Verge de l’Ours pendant qu’il eft vivant, ni la curiofité d’en faire la diffeôtion après fa mort : car ils auroient trouvé que cette dureté eft naturelle à cette partie en l’Ours , de même qu’au Chien , au Loup , àl’Efcurieu, à la Belette, & à plufieurs autres animaux, qui ont vn os à l’extrémité de la Verge, comme Ariftote remarque. Celui de nos Ours eftoit long de cinq pouces tk
demi,
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS. 37
demi, gros de quatre lignes vers les os pubis, dont il eftoit éloigné de cinq pouces, Sc vn peu courbé.
Le Poumon avoir cinq Lobes , trois au côté droit , & deux au gauche. Les deux liiperieurs du* côté droit eftoient fort grands : le troifiéme , qui eftoit moien , eftoit partagé vers fon extrémité en trois pointes. EnlVn de nos Ours les deux Lobes du côté gauche eftoient fort tuméfiez: le fnperieur qui paroi flôit blanchâtre , eftoit enflé de quantité de vent : dans l’inferieur il fie trouva vn corps effrange de la grofleur des deux poings , fiemblable à vne éponge trempée dans de l’encre. Dans l’autre Ours, qui eftoit fort jeune , la ftruéture du Mediaftin eftoit particulière , eftant percé en plufteurs endroits de quantité de trous de la largeur d’vne ligne & demie ,& eftant parfiemé d’vn grand nombre de vaiffeaux , qui eftoient de la grofleur de plus d’vne ligne , en forte qu’il ne lui manquoit que la graiffe pour eftre fiemblable à vn Epiploon.
Le Cœur , qui avoit fix pouces de long fur quatre de large , eftoit fort fiolide par fia pointe, dont la chair avoit vn pouce d’épaiffeur : cette pointe eftoit moufle, & non pas aiguë , comme au Lion.
L’Afipre Artere avoit tous fies Anneaux imparfaits, & non pas entiers comme au pre¬ mier des Lions que nous avons diflequéz : mais ces Anneaux dans nos Ours eftoient beaucoup plus larges qu’au Lion, aiant plus de cinq pouces de tour.
La langue eftoit large & mince comme au Chat Sc au Chien , & garnie par deflus de fies petites pointes charnues fans aucune afpreté.
Le Crâne n’eftoit point fi fragile que difient les Auteurs : il fut trouvé fort dur fous la ficie. Il eft bien vrai qu’il n’avoit que la moitié de i’épaifleur de celui du Lion , que nous avons trouvé de fix lignes à l’endroit le plus mince. L’Os qui s’avance en dedans, 8c qui fiepare le grand Cerveau du petit , eftoit aufli plus mince , Sc d’vne figure plus irreguliere qu’au Lion.
Le Cerveau en recompenfie eftoit quatre fois plus grand , aiant quatre pouces de long &c autant de profondeur , fur trois de large -, au lieu que le Lion n’en avoit que deux en tous fiens. La glande Pineale eftoit fort petite , & prefique imperceptible com¬ me au Lion.
L’Oeil eftoit recouvert d’vne paupière interne qui commençoit au grand coin , ten¬ dant vn peu vers le bas. îl eftoit étrangement petit : fon globe n’avoit pas plus de cinq lignes de diamètre , & eftoit plus petit que celui d’vn Chat. Le Cryftallin avoit vne fi¬ gure prefique fipherique ; &C celui de l’Oeil gauche du plus grand & du plus vieux de nos Ours , eftoit gâté par vn Glaucoma, qui l’avoit rendu blanc, & tout-à-fait opaque. Sa fituation eftoit aufli fort extraordinaire, n’eftant pas placé au droit de l’ouverture de l’Uvée,mais tiré à côté hors de l’axe de l’Oeil , en forte que même avant la difle- éfion cela fè reconnoifloit par vne blancheur qui paroifloit au bas de l’ouvertu¬ re de la prunelle en dedans , comme s’il y euft eu vne Cataraéle abaiflée : &; cela eftoit caufié par la contraéfion des fibres du ligament Ciliaire d’vn côté , &c par la. diftention du relâchement de celles de l’autre. Ce qui fémbloit eftre fait pour laifler vn paflage libre aux efipeces vifiuelles au travers des deux autres humeurs 5 cette diftorfion du Cryftallin eftant vraifiemblablement faite de la même manière que l’on la voit arriver aux yeux des enfans , qui aiant efté long-temps couchez en vn en¬ droit où ils ne peuvent regarder la lumière' qu’obliquement , deviennent louches par vne difipofition que les muficles de l’œil contraéfent par habitude , & qui change celle qui leur eft naturelle par l’alongement des fibres dans les vns , éc par leur ac- conrciflément dans les autres. Cela pourroit faire croire que ces fibres du ligament Ciliaire font capables d’vne contraction d’vne dilatation volontaire , pareille à celle des fibres des muficles ; & que cette aétion peut augmenter ou diminüer la con¬ vexité du Cryftallin , félon le befbin que l’éloignement different des objets en peut faire avoir à l’œil pour voir plus diftinéfement.
L’extrême maigreur de nos deux Ours nous a ofté le moien de faire vne expérience fur leur graiffe, & de nous éclaircir de la vérité de ce qu’Ariftote,Theophrafte & Pline
T
38 DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS, en rapportent; à fçavoir qu’eftant gardée pendant l’Hyver, elle augmente de gro fleur &C de poids manifeftement. Ce qui eftant vérifié confirmeroit l’opinion que l’on a , que l’Ours eft de tous les animaux celui dans lequel la faculté de croiftre eft plus puif- fante ; puis qu’eftant au commencement de fa vie prefque le plus petit de* tous, ( car au rapport d’Ariflote 8c de Pline, iln’eft guere plus gros qu’vne Souris,) il devient cepen¬ dant vn des plus grands :8c que bien qu’il ait elle nourri allez long-temps du lait d’vne mere qui ne mange rien, (s’il efl vray comme dit Ariftote , que l’Ourfe fait fes petits lors qu’elle efl prefte de s’enfermer dans fa caverne , ou elle demeure quarante jours fans manger , 8c qu’en fuite ainfl tous les ans l’Ours demeure vn long efpace fans pren¬ dre de nourriture,) il ne laifle pas de croiftre fl puiflamment qu’au rapport d’Albert, là croiflance ainfl qu’au Crocodile , dure pendant tout le cours de fa vie ; 8c continue même encore après fa mort, fl ce que les anciens ont écrit de fa graifle eft véritable.
La conflderation de ces particularitez jointe à nosObfervations, nous a fait juger que le Tempérament de l’Oars, qui félon Ariftote eft fouverainement humide , doit eftre entendu d’vne humidité propre à la vie , qui eft celle qui ne fe deffeche pas aifément, &C qui eft l’effet, non de la Crudité, telle qu’eft l’humidité fuperfluë des excrémens,mais de la perfeétion de laCoéfion caufée par la bonté du Tempérament des parties, qui font capables de convertir aifément toute forte de nourriture en vn bon fuc, 8c d’en affinai- 1er 8c changer en leur propre fubftance, ou en diffiper la plus grande partie par l’em- ploy qu’elles en font vtilement pour l’exercice de leurs fonétions.
Les marques que nos Obfervations nous ont fournies dans l’Ours de cette perfeétion de Tempérament , font en premier lieu ; Qifvn animal qui mange indifféremment de toutes fortes de viandes comme l’Ours , 8c qui digéré avec vne même facilité les chairs crues, le poiflon, les cancres, les inféétes, les herbes, les fruits des arbres, les lé¬ gumes 8c le miel, 8c cela dans vn eftomac fort petit, 8c des Inteftins eftroits, 8c entre lefquels il ne fe trouve point de Cæcum , doit avoir vne merveilleufe puiffance pour la Coétion; puis qu’elle eft capable de fuppléer par la bonté du Tempérament, ce qui manque à la commodité de la ftruéture , qui fe voit dans- les organes que les autres ani¬ maux ont pour rendre ces fonétions plus parfaites , 8c qui pour digerer beaucoup de nourriture, la gardent long -temps dans de grands réceptacles , & la conduifent par beaucoup de replis 8c d’anfrâétuofitez , comme nous avons obfervé dans le Chameau, dont les Inteftins eftoient prefque vne fois auffi longs que ceux de l’Ours, aiant plus d’onze toifes.
En fécond lieu , le peu de capacité qui fe trouve dans fon Foye& dans fa Rattepour recevoir les excrémens, marque auffi que l’aétion de la chaleur naturelle eft fl bien ré¬ glée, qu’elle n’eft pas fujette aux defauts ni aux excès, par lefquels la nourriture eftant ou brûlée, ou cuite feulement à demi, le fang qui en eft engendré a befoin d’eftre purgé de quantité de parties qui font incapables de nourrir le corps. Car pour ce qui eft du grand nombre des Reins, quand même la Nature l’auroit fait pour évacüer vne plus grande quantité de ferofîtez , l’abondance de cét excrément ne devroit point eftre eftimée vne marque de la foibleffe de la chaleur, 8c de l’imper feétion de laCoétion;mais plutoft vn effet du peu de tranfpiration infenfible qui fe feit dans l’Ours , à caufe de l’épaiflèur de l’habitude de fon corps, qui n’y eft pas favorable. A quoi il faut encore adjoûter , que ce defaut de tranfpiration ne peut eftre vne marque de manque de chaleur , 8c d’vne pefanteur terreftre ; puifque tout maffif, 8i tout groffier que l’Ours paroift, il n’y a guere d’animal qui ait vne agilité 8c vne vigueur plus capable de témoigner l’abondan¬ ce 8c la fubtilité des efprits que la puiffance de la chaleur naturelle a accoutumé de pro¬ duire.
En troifiéme lieu , cette faculté fl puiflante qu’il a de croiftre , eft la marque d’vne hu¬ midité bien parfaite, puis qu’elle rend les parties capables de s’étendre , 8c d’augmenter tellement leur grandeur, fans rien diminuer de leurs forces. Les conjeétures que nous avons tirées de nos Obfervations , pour rendre croiable cette petiteffe fi extraordinaire que les Auteurs difent eftre dans lanaiflance 8c dans la première conformation de l’Ours,
font
DESCRIPTION ANATOMIQUE D’UN OURS. 39
font fondées for la petkefFe de fes yeux, par la raifon que les yeux dés le commence¬ ment que la formation eft apparente , font ordinairement fi gros à proportion du refte du corps, que chaque Oeil furpaffe la groffeur de tout le refte de la tefte , de même que la tefte furpaffe de beaucoup la grandeur du refte du corps : de forte que fuppo- fttnt, comme il eft raifonnable, que les Yeux de l’Ours eftoient dans la première con¬ formation aufli gros à proportion du refte du corps qu’ils ont accoutumé d’eftre , il eft aifé de juger par la petitefle qu’ils ont quand l’Ours eft parvenu à fa croiffance , quelle eftoit la petiteffe de tout fon corps dans la première formation -, ou bien il faudroit fup- pofer vne chofe qui n’eft pas croiable , à fçavoir que fes Yeux ne font pas crus à pro¬ portion du refte du corps , comme ils font aux autres animaux.
Y
CE.lle qui efb dépeinte dans la figure d’en bas n’a point débandé noire qui fe- pare le fauve du dos d’avec le blanc du ventre , êc les genoux des jambes de devant ne font point pelez ; parce que ce font des particularitez qui manquent à quatre des Gazelles que nous avons dilfequées. Il y en avoit auffi vne » qui eftoit le mâle, dont les cornes elloient plus courbées vers le dos quelles ne font à cette-cy.
Dans la figure d’en haut
A. Efir l’Oefophage.
B. La membrane du milieu du grand Ventricule.
C. La membrane interne.
D. Cette me fine membrane feparée , & -pendante, pour laijfer 'voir celle qui efl deffous.
E. La Valvule qui ferme le fécond Ventricule.
F. La premiers partie du fécond Ventricule.
G. La féconde partie du fécond Ventricule.
H. Le fac du fécond Ventricule.
I. Le Pylore.
K K. La partie Gibbe du Foye relevée en enhaut.
LL. Le Lobe droit.
M M. Le Lobe gauche.
N. Vn petit Lobe qui eft au milieu.
O. La Veficule du Fiel.
P. L’inteflin Duodénum.
Le Pylore.
R. Le ‘Ventricule veü par dehors.
S. La Rat te.
T. Deux vaijjeaux Lymphatiques.
V V. Les Reins.
X. Vne portion de la membrane. B. veué avec le oDsCicrofcope.
Vne portion de la membrane. C. veué avec le (LMlicrofcope.
A. Le dernier Os du Sternon.
Z. Le Cartilage Xiphoide.
©. Vn des Pieds.
4i
DESCRIPTION ANATOMIQUE
DE CI NQ^ GAZELLES
LE s cinq Gazelles dont nous faifons la defcription nous ont eflé apportées à divers temps. Il y en avoit vne mâle , trois femelles, & vn fan , qui efloit auffi fe¬ melle. La première que nous avons dilfequée, qui efloit la plus grande &c la plus âgee , nous fut apportée avec fon fan, du Parc de Verfailles , ou on nous dit qu elles avoient toutes deux eflé tuées par vne autre Gazelle male. Nous trouvâmes que 1 épaulé gau¬ che de la mere efloit toute brifée,& que le fan avoit trois jambes rompues. Cela nous fît faire reflexion fur cequeBelon dit que la Gazelle eflfOryx des anciens, qu’Oppian re- prefente comme vn animal étrangement cruel & farouche : mais nous ne trouvâmes point les autres marques, qui félon les Auteurs font particulières à l’Oryx ; comme d’a¬ voir vne feule corne au milieu du front, ainfi que dit Ariflote-, d’avoir tout le poil tour¬ né vers la telle , félon Pline -, d’avoir de la barbe au menton , félon Albert -, & d’avoir allez de force pour battre les Lions & les Tygres, ainfi qu’Oppian le rapporte.
Car nos Gazelles avoient la façon fort douce, & l’on dit auffi que ces animaux ne fe mettent point en fureur , fi ce n’efl; quand on touche leurs cornes. Les Auteurs Arabes appellent la Gazelle JUga^el , c’efl à dire Chèvre ; & elle efl vraifemblablement la Douas, ou Chèvre Libyque,qui n’efl point autre que la Chèvre Strepficeros, ou Chevreuil d’Egypte : quoi que Scaliger prétende que le Strepficeros efl vne efpece de mouton. Elian dit que la Douas Libyque efl legere à la courfe , quelle a le ventre blanc , & le refie du corps fauve -, que le blanc &; le fauve le long des flancs efl feparé d’vne bande noire ; quelle a les yeux noirs, &; les oreilles fort grandes. Le Strepficeros , luivant Pline, efl: vne Chèvre d’Afrique qui a les cornes élevées fur la tefle, fort pointues, rondes, en¬ tourées de plufieurs rides, 6c tournées comme les branches d’vne Lyre -, ou bien , com¬ me Joannes Caius l’entend, qui fe détournent tantofl en dehors , & tantofl en dedans, en forte quelles décrivent le profil, & le contour d’vne guiterre:mais il y a lieu de dou¬ ter que les Lyres du temps de Pline fuffent de cette forme.
Toutes ces marques aiant eflé trouvées dans ces cinq animaux que nous avons dif- fequez,on peut dire que le Strepficeros , la 'Dorcas , & la Gazelle font vne même chofe : car noflre Gazelle efl: vn animal d’Afrique , qui paroifl devoir bien courir , fi on en juge par la longueur des jambes. Elle efloit de la grandeur & de la forme d’vn Chevreüil, de poil fauve, à la referve du ventre & de l’eflomac qui efloient blancs , de la queue qui efloit noiraflre, & d’vne bande vn peu plus noiraflre auffi que le refie du poil qui defcendoit depuis l’œil jufques au mufeau. Le poil reiïembloit mieux à celui d’vn Chevreüil, qu’à celui d’vne Chèvre, parce qu’il efloit fort court. Sous ce poil le cuir efloit parfaitement noir,& luifant à celle qui efloit la plus âgée } aux autres il efloit grifaftre: & cette noirceur paroifioit à toutes à découvert dans les oreilles, qui efloient grandes & pelées en dedans , ou le cuir efloit noir & poli comme de l’Ebene, aiant feulement quelques traces d’vn poil fort blanc, plus dur & plus long que celui du ven¬ tre-, ces traces fortoient du fond de l’oreille , &C s’étendoient vers les bords en s’élargif- fant. Les yeux efloient grands & noirs ; les cornes efloient auffi noires , rayées en tra¬ vers , longues de quinze pouces , groffes de dix lignes par le bas, fort pointues, aflez droites, mais vn peu tournées